Les pèlerins d’Emmaüs – Rembrandt

En lien avec l’évangile de ce 3e dimanche de Pâques, nous avons choisi une œuvre de jeunesse de Rembrandt : un repas d’Emmaüs qu’il a peint alors qu’il n’avait encore que 22 ans, en 1629. Il peindra cet épisode d’Emmaüs plusieurs fois dans sa vie, mais jamais il n’égalera la profondeur atteinte dans ce chef d’œuvre de sa jeunesse. Prenons le temps de le contempler

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Présentation générale

Nous sommes donc au soir de Pâques. Deux disciples ont quitté Jérusalem, attristés par la mort d’un grand prophète en qui ils avaient mis tous leurs espoirs. Un étranger les rejoint en chemin. Ils marchent et discutent ensemble. Au terme de la route, ils lui demandent de rester avec eux car le soir tombe. Et nous retrouvons ce petit monde attablé dans une maison plutôt austère, autour d’un sobre repas.

Le Christ

Traditionnellement, les tableaux représentant les pèlerins d’Emmaüs mettent au premier plan le Christ, avec un visage transfiguré et dans une attitude liturgique, en train de rompre ou de bénir le pain. Ici, ce n’est pas le cas : c’est dans la pénombre que le Ressuscité apparaît avec le pain déjà rompu en main. Fragile et subtile, sa présence se laisse deviner à ses contours. Elle est presqu’évanescente. Peut-être que Rembrandt a choisi de saisir l’instant précis où le Ressuscité est en train de disparaître de la vue des disciples qui viennent tout juste de le reconnaître à la fraction du pain.

Les disciples

Les deux disciples sont également à table. Le premier, le plus visible, est représenté dans la lumière, face au Christ. Il vient tout juste de le reconnaître à la fraction du pain. Et le voilà stupéfait. Il a un mouvement de recul. Son regard est expressif et mitigé : nous y discernons un cocktail de sentiments qui mêle doute, étonnement, crainte et sans doute aussi joie et espérance : est-ce vraiment Jésus ? Comment est-ce possible ? N’est-il pas mort sur la croix ? A-t-il vaincu la mort ?

Le second disciple est représenté dans l’ombre, aux pieds de Jésus. Nous le distinguons à peine. Il a lui aussi reconnu Jésus à la fraction du pain. Sa réaction est plus vive, plus spontanée : il se lève brusquement, pris de stupeur, et tombe à genoux, comme happé par le Ressuscité. Sa chaise est renversée en arrière, dans son mouvement brutal. Il rejoint le Christ, s’unit à lui dans l’ombre.

La cuisinière

Il y a encore un quatrième personnage. Au fond du tableau, nous distinguons une silhouette, sans doute une cuisinière au fourneau. Elle semble extérieure à la scène. Elle est tellement absorbée par son travail qu’elle demeure étrangère à l’extraordinaire qui est en train de se vivre. Nous pourrions presqu’y voir une Marthe qui s’ignore.

Que cherche à nous dire Rembrandt avec ce tableau ?

A l’évidence, Rembrandt ne nous parle pas avant tout du Ressuscité qui est évanescent, presque déjà parti. Il s’intéresse plutôt aux diverses attitudes de foi qui peuvent naître face à une même présence du Christ :

  • Il y a le disciple qui croit tout de suite et qui n’a pas l’ombre d’un doute. Il lâche tout quand il reconnaît le Christ et tombe spontanément dans une attitude de vénération : « Mon Seigneur et mon Dieu !» C’est celui que Rembrandt a représenté à genoux au premier plan.
  • Puis, il y a celui qui reconnaît le Christ, mais qui s’interroge, qui hésite, qui recule, envahi de questions et de doutes : « Je te suivrai, Seigneur ; mais pas tout de suite. J’ai besoin de temps et de signes supplémentaires. » C’est le disciple représenté au centre du tableau, dans la lumière.
  • Enfin, il y a celui qui est tout absorbé par son travail et ses affaires. Il n’a pas cheminé avec les Ecritures et sans doute n’a-t-il jamais rencontré Jésus. En tout cas, il reste à l’écart et ne veut pas être dérangé : il a déjà assez à faire ainsi. C’est la cuisinière du tableau.

Et nous ?

Comment nous situons-nous par rapport au Ressuscité qui s’invite chez nous comme il s’est invité chez les pèlerins d’Emmaüs ? Ne sommes-nous pas en connivence avec chacun des trois personnages du tableau ?

  • Certains jours, la foi paraît une évidence : les signes perçus ne laissent planer aucun doute. Nous reconnaissons le Christ présent au cœur de nos vies, marchant avec nous, nous expliquant les Ecritures et nous partageant son Pain. Alors, nous tombons à genoux et, avec la fougue de Pierre, nous lui promettons : « Je te suivrai partout où tu iras. »
  • D’autres jours, la foi peut devenir plus difficile ou plus hésitante, le doute faisant de l’ombre à l’évidence : alors, comme le jeune homme riche, nous repartons tout tristes, incapables d’un oui sans réserve à Jésus. Nous percevons bien qu’il est là, nous entendons son appel à le suivre, mais nous n’avons pas envie de le comprendre réellement… Alors on balbutie, on s’invente des excuses…
  • Et puis il y a ces jours où nous sommes tellement absorbés par nos petites affaires, ou par nos idées et nos certitudes, que nous ne remarquons même pas la présence extraordinaire du Ressuscité sous notre propre toit : nous sommes imperturbables, insensibles, voire même intouchables. Christ vient. Christ repart. Et nous ne nous sommes aperçus de rien, parce que nous étions trop occupés.

Oui, nous sommes sans doute un peu des trois… Mais heureusement il reste cette lumière… Que peut bien représenter cette source lumineuse du tableau, qui semble provenir de derrière le Christ ? Comme nous l’avons dit, le Christ est en train de disparaître : nous aussi, nous sommes incapables de retenir Jésus quand nous le sentons proche. Quand sa présence n’est plus perceptible, il restera aux disciples cette lumière qui est comme une promesse que le Ressuscité leur fait : « Je m’en vais vers le Père, mais je ne vous laisse pas orphelin. » Cette lumière est celle qui viendra éclairer le disciple dans le doute ou même celui dans l’ignorance. Cette lumière, ce pourrait être l’Esprit que Jésus a promis à ses disciples ou peut-être sa Parole qu’il leur explique, pour ne pas les laisser dans l’obscurité…

Prière

Christ ressuscité,

Toi qui sais ma lenteur à croire,
ma difficulté à te reconnaître,
mon inconstance à t’aimer.
Viens au secours de mon manque de foi.
Donne-moi ta Parole pour mieux te connaître.
Et ton Esprit pour vivre de ta Vie.
Amen.

 

 

Service de Formation
Vicariat du Brabant wallon

Accéder à une proposition de « Prier la Parole… pour en vivre » pour cet évangile.


 

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