Sainte Trinité – Grandes Heures d’Anne de Bretagne

Pour la solennité de la Trinité, le dimanche après la Pentecôte, en cette année A, nous vous proposons une miniature des Grandes Heures d’Anne de Bretagne illustrées par Jean Bourdichon (1456-1521), peintre et enlumineur de la cour de France.

Elle nous paraît le mieux dépeindre ce que nous dit l’évangile du jour où il est surtout question du Père et du Fils même s’il s’agit de fêter la Trinité. Celle-ci est représentée avec beauté par cette peinture.

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Le Père que nul n’a jamais vu, si ce n’est le Fils, comment donc le représenter ? L’Ancien Testament nous interdit d’en faire une image, alors « qu’il nous a faits à son image comme à sa ressemblance [1] ». Et pourtant, n’avons-nous pas besoin de représenter Dieu, depuis que Jésus nous a appris à le prier comme « notre Père [2] » et que l’Esprit crie en nos cœurs « Abba, Père [3] ».

Il est le personnage de gauche. L’artiste a opté pour un jeune vieillard couronné d’une tiare, – ancienne coiffure d’apparat des papes (symbolisant pour eux le pouvoir temporel, le pouvoir spirituel et la suprématie sur l’empereur)-, qui évoque les trois personnes divines, dans les représentations de la Trinité, comme c’est le cas ici. À chaque personne une couronne.

Cette tiare est surmontée d’un globe crucifère qui exprime le pouvoir divin sur l’univers cosmique de la création et sur le globe terrestre. Il représente aussi le pouvoir de droit divin d’un Dieu « dont l’amour seul est la puissance, mystère découvert aux yeux de l’espérance [4] ». Ce même Dieu dont « le Royaume n’est pas de ce monde » même si … « au Seigneur, le monde et sa richesse, la terre et tous ses habitants ! [5] ». Enfin, le globe signifie l’ordre du monde, provenant du souffle de Dieu qui crée et renouvelle la face de la terre [6].

Les cheveux et la barbe, blancs, entourent son visage d’où émane une grande douceur, la douceur « de l’hôte très doux de nos âmes et de l’adoucissante fraîcheur [7] ». Il regarde face à face celui qui, seul, peut voir la face de Dieu sans mourir, son Fils.

L’auréole, entourant sa tête nous témoigne de sa sainteté comme « les séraphins qui se criaient « Saint ! Saint ! Saint, le Seigneur de l’univers ! [8] ». En effet, « qui  est comme toi parmi les dieux, Seigneur ? Qui est comme toi, magnifique en sainteté, terrible en ses exploits, auteur de prodiges ? [9] »

Assis, tel un roi sur son trône, « Dieu est assis sur son trône sacré [10] ». Il bénit de sa main droite, avec « le doigt de la droite du Père [11] ». Il est habillé d’une chape celui qui « est revêtu de magnificence, et a pour manteau la lumière [12] », « la lumière bienheureuse implorée pour remplir jusqu’à l’intime notre cœur [13] ».

De sa main gauche, il tient le livre aux sept sceaux descellés, la Bible, ouvert sur un des passages où le Seigneur se nomme comme étant : « l’Alpha et l’Oméga, le principe et la fin [14] ». Oui, tel est Dieu dans sa sainte demeure, le commencement et la fin de toute chose.

Nous pourrions aussi nous demander comment exprimer une conviction de foi aussi fondamentale que celle-ci : « Dieu a tellement aimé le monde » ?  C’est à cette question que va, nous semble-t-il essayer de répondre la deuxième partie de la peinture.

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La Sainte Trinité, miniature des Grandes Heures d’Anne de Bretagne illustrées par Jean Bourdichon.

Le personnage, « assis à la droite du Père [15] », est Dieu-Fils, Jésus Christ, le Verbe fait chair « conçu du Saint-Esprit [16] ». De même nature que le Père et en apparence si différent de lui. Son incarnation n’a rien changé quant à sa place dans la Trinité, « entré dans la gloire, Jésus nous trace le chemin et nous conduit vers le matin de sa victoire [17] ».

Sur sa tête, pas de tiare, mais une couronne d’épines nous rappelle sa passion : passion de l’être humain qui le mènera jusqu’à la passion sur la croix. Son auréole peut nous rappeler ce que seuls les démons voyaient quand ils regardaient Jésus : « le saint de Dieu [18] ».

Il est « sans ombre, ni trouble au visage [19] » et regarde amoureusement vers le Père, lui qui « ne fait qu’un avec le Père [20] » et nous aime comme le Père nous a aimés.

Le Christ Jésus, le « Christ en gloire », « ayant la condition de Dieu, ne retint pas jalousement le rang qui l’égalait à Dieu. Mais il s’anéantit, prenant la condition de serviteur, devenant semblable aux hommes. Reconnu homme à son aspect, il s’est abaissé, devenant obéissant jusqu’à la mort, et la mort de la croix. C’est pourquoi Dieu l’a exalté [21] », il l’a ressuscité des morts par la mise en œuvre de son énergie, de sa force et de sa vigueur [22], et l’a fait asseoir à sa droite dans les cieux partageant ainsi son trône.

De sa main droite, il tient, comme son Père, le livre descellé qui parle de lui et le révèle comme étant « le principe et la fin [23] ». Sa main gauche tient une longue croix effilée. Ne nous rappelle-t-elle pas à la fois l’objet du supplice témoignant comment Dieu a tellement aimé le monde et la victoire du Christ sur la mort ? Il est revêtu d’une cape de la même couleur que la chape de son Père, ce qui peut évoquer qu’ils sont de même nature.

Pour montrer la communion entre le Père et le Fils, l’artiste nous présente trois éléments : une colombe, le livre aux sept sceaux et la terre.

La colombe, symbole de l’Esprit, touche délicatement de ses ailes la tête du Père et la tête du Fils. Les unissant ainsi, l’Esprit placé entre les deux suggère qu’il procède du Père et du Fils. Consolateur souverain et père des pauvres, l’Esprit nous révèle ce qui est propre à Dieu. En nous envoyant du haut du ciel un rayon de sa lumière, lui l’hôte très doux de nos âmes, nous témoigne des qualités du Fils, lui, la lumière du monde qui est doux et humble de cœur. Comme le Père et le Fils, la tête de la colombe est cernée d’une auréole, ce qui n’est pas étonnant pour celui qui porte la sainteté dans son nom même : l’Esprit Saint.

Le livre aux sept sceaux ouverts. Il livre raconte à la fois l’Histoire sainte ou l’histoire d’amour de Dieu avec les hommes et comment, le Fils, Verbe fait chair, présent dès la création, est la clé des Écritures. Par la Parole, ensemble Père et Fils, sont présents au cœur de nos vies par l’Esprit.

Quant au troisième élément, il représente le cosmos sur lequel le Père comme le Fils posent un pied en signe de leur domination sur le monde. Cette puissance de l’amour est exercée par l’Esprit qui nous appelle à revisiter notre relation à nous-mêmes, aux autres, à la nature et à Dieu, le Seigneur de l’univers (en cette année consacrée à l’encyclique Laudato Si’, c’est un beau petit clin d’œil…).

Le Père, le Fils et l’Esprit, soit la Trinité, sont tous les trois représentés sur un écrin d’or en forme de mandorle pour évoquer leur gloire.

Enfin, la scène est entourée des quatre évangélistes, rappel discret pour dire que la Parole de Dieu, le Verbe, s’est fait chair par l’action de l’Esprit pour devenir notre frère Jésus tout en restant le Fils, lui le Christ.

Belle fête de la Trinité !

[1] Gn 1,27.
[2] Mtt 6,9 ; Lc 11,2.
[3] Gal 4,6.
[4] « Entré dans la gloire », CFC (f. Pierre-Yves) ©CNPL.
[5] Ps 23,1.
[6] D’après Ps 103,30.
[7] Séquence d la Pentecôte.
[8] Is 6,3.
[9] Ex 15,11.
[10] Ps 46,9.
[11] Séquence d la Pentecôte.
[12] Ps103,1-2.
[13] Séquence d la Pentecôte.
[14] Ap 1,8 ; 21,6 ; 22,13.
[15] Symbole des Apôtres.
[16] Symbole des Apôtres.
[17]  « Entré dans la gloire », CFC (f. Pierre-Yves) ©CNPL.
[18] Lc 4,34.
[19] Ps 33, 6.
[20] Jn 10,31.
[21] Phil 2, 5-9.
[22] Eph 1, 20.
[23] Ap 21,6.

Pour prier en musique :

 

Hymne : Voici le temps, Esprit très saint

Rivière — CNPL

Voici le temps, Esprit très saint,
Où dans le cœur de tes fidèles,
Uni au Père et à son Fils,
Tu viens répandre ta lumière.

Que notre langue et notre cœur,
Que notre vie, que notre force
S’enflamment de ta charité
Pour tous les hommes que tu aimes.

Exauce-nous, ô Tout-Puissant,
Par Jésus Christ, ton Fils unique,
Qui règne avec le Saint-Esprit
Depuis toujours et dans les siècles.

Service « Vie spirituelle »
Vicariat du Brabant wallon


Accéder à une proposition de « Prier la Parole… pour en vivre » pour cet évangile.


 

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