Lectio divina – Fête du Christ, Roi de l’univers – 22 novembre 2020

Nous arrivons à la fin de l’année liturgique. En ce 34ème dimanche du Temps ordinaire, nous fêtons le Christ, Roi de l’univers. Loin de clore un cycle et d’être un point final, cette fête nous propulse en avant. Elle nous oriente vers l’accomplissement qui adviendra à la fin des temps ; « quand tout sera mis sous le pouvoir du Fils », nous dit saint Paul (1Co 15,28). Cela signifie-t-il que Jésus s’impose comme un super monarque à qui seraient soumis servilement tous les dirigeants et peuples de la terre ? Non ! Bien sûr. Mais il est vrai que le salut apporté par Jésus, le Royaume de Dieu dans lequel il nous convie, concerne la destinée de tous les hommes et de tout l’homme. Cette conviction a conduit les pas de Paul, l’infatigable apôtre des païens. Nous la faisons nôtre aussi quand, à la messe, le prêtre nous invite à « prier ensemble au moment d’offrir le sacrifice de toute l’Église » et que nous répondons « pour la gloire de Dieu et le salut du monde ». Cette même foi nous pousse à « sortir », à toujours plus rencontrer et accueillir les autres, tout spécialement les « petits », les oubliés et blessés de la vie….

« Prier la Parole… pour en vivre » propose une écoute priante de la Parole. Elle est fondée sur la conviction que la Parole de Dieu est vivante et « prend chair » aujourd’hui dans la vie de celui qui l’accueille en vérité. Passant par une compréhension du texte, la recherche de son sens profond, elle achemine naturellement vers un cœur à cœur avec Dieu qui ne peut qu’influer sur l’agir au quotidien.

Cette prière de la Parole est l’héritière d’une longue tradition appelée Lectio divina.

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Prier l’évangile du 34e dimanche du Temps ordinaire A

Fête du Christ, Roi de l’univers

Matthieu 25,31-46

  • Introduction

Jésus est le Christ. Il est l’« Oint », le roi selon le cœur de Dieu. Et quel est ce roi ? C’est le berger décrit par Ezéchiel dans la première lecture (Ez 34,11-12.15-17). Il mène son troupeau avec le plus grand soin, attentif aux besoins de chacune de ses brebis. Il n’abandonne ni celle qui est faible et blessée ni celle qui « grasse et vigoureuse » pourrait être autosuffisante ou écraser les plus fragiles. Où conduit-il son troupeau ? Plus exactement, vers qui le mène-t-il ? Eh bien, « quand tout sera achevé », nous dit saint Paul (1Co 15,20-26.28), quand tout sera transfiguré par la Résurrection de Jésus, « lui-même se mettra alors sous le pouvoir du Père (…) et ainsi Dieu sera tout en tous ». Jésus, Roi-berger, nous fait passer du vieil homme, l’humain qui a tourné le dos à l’harmonie du monde en se fermant à Dieu et à son prochain (symbolisé par Adam), à l’homme totalement réconcilié avec le Père, uni à Lui dans une communion retrouvée. Voilà notre avenir !

Mais alors, pour nous aujourd’hui, qu’est-ce que marcher dans les pas du berger ? Qu’est-ce que le suivre en vivant de son infinie bonté pour tous ?

  • Comprendre la Parole (Mt 25,31-46) – Quelques repères

L’évangile de ce dimanche suit immédiatement les trois paraboles relatives à l’attente de la « venue du Fils de l’homme dans sa gloire ». Elles nous exhortaient à marcher dans la confiance, sans découragement ni affadissement. Elles alliaient radicalité évangélique et joie. En même temps, le texte de ce jour nous rapporte les dernières paroles de Jésus avant de vivre sa Passion. Elles ont donc le poids d’un testament mais nous tournent aussi vers Jésus qui va s’anéantir, devenant le plus petit des petits. Il va avoir faim, soif ; il sera incompris, dévêtu, blessé, prisonnier…

Le récit du « jugement » commence avec une affirmation : « Quand le Fils de l’homme reviendra dans la gloire ». Le mot « gloire » ne signifie pas que Jésus arrivera comme un guerrier victorieux, couronné de lauriers. Mais, qu’un jour, nous prendrons pleinement conscience de la bonté et de l’amour inouï de Dieu pour chacun de nous. Nous découvrirons les traces de son action dans la vie du monde et la nôtre. Alors, nous serons en pleine lumière et en vérité, sous le regard du Seigneur.

Ce jugement nous replace à nouveau devant deux voies : l’une conduisant à la bénédiction et l’entrée dans le Royaume, l’autre à la malédiction et le « feu éternel ». S’agit-il de récompense et de punition décrétées par une autorité ? Nous pouvons lire ce texte à la manière des Béatitudes. Bénédiction et malédiction sont alors l’aboutissement logique d’un choix personnel. Ce qui est vie et mort en nous est, in fine, révélé par la présence aimante du Christ.

Au-delà de l’impression d’un jugement sans concession, l’évangile nous dit que le jugement final n’est pas entre les mains de la justice humaine mais se vit avec Dieu, un Dieu tendre et miséricordieux ; un berger qui veille sur chacune de ses brebis.

Il sera bon d’observer attentivement toutes les paroles du récit. Qu’y voyons-nous : une invitation à pratiquer des « bonnes œuvres », celle de vivre  en communion profonde avec Jésus? Quelle bonne nouvelle est annoncée dans ce texte ?

 L’expérience du baiser au lépreux de saint François peut nous aider à la percevoir : « Or, un jour qu’il se promenait à cheval aux environs d’Assise, voici qu’il rencontra un lépreux. Malgré son immense dégoût et l’horreur qu’il éprouvait, il ne voulut ni transgresser l’ordre reçu ni violer son serment, car il avait donné sa foi : il sauta de cheval et s’approcha pour embrasser le malheureux. Celui-ci, qui tendait la main pour une aumône, reçut avec l’argent un baiser. François remonta en selle, mais il eut beau, ensuite, regarder de tous côtés –aucun accident de terrain ne gênait pourtant la vue– il ne vit plus le lépreux. Plein d’admiration et de joie, il renouvela peu après son geste : il visita l’hôpital des lépreux, distribua de l’argent à chacun d’eux et leur baisa la main et la bouche » (2 Celano, 5,9).

De même celle de saint Martin : lors d’une patrouille près d’Amiens, Martin rencontre un vieil homme grelottant de froid. Avec son épée, il coupe son manteau et lui en donne une moitié. Une nuit suivant l’évènement, Martin fait un songe dans lequel lui apparaît le Christ prononçant ces paroles : « En couvrant ce vieil homme, c’est moi que tu as couvert« . Cette apparition lui semble une invitation à se rapprocher de Dieu.

Evangile de Jésus-Christ selon saint Matthieu
(25,31-46)

31 « Quand le Fils de l’homme viendra dans sa gloire, et tous les anges avec lui, alors il siégera sur son trône de gloire.

32 Toutes les nations seront rassemblées devant lui ; il séparera les hommes les uns des autres, comme le berger sépare les brebis des boucs :

33 il placera les brebis à sa droite, et les boucs à gauche.

34 Alors le Roi dira à ceux qui seront à sa droite : “Venez, les bénis de mon Père, recevez en héritage le Royaume préparé pour vous depuis la fondation du monde.

35 Car j’avais faim, et vous m’avez donné à manger ; j’avais soif, et vous m’avez donné à boire ; j’étais un étranger, et vous m’avez accueilli ;

36 j’étais nu, et vous m’avez habillé ; j’étais malade, et vous m’avez visité ; j’étais en prison, et vous êtes venus jusqu’à moi !”

37 Alors les justes lui répondront : “Seigneur, quand est-ce que nous t’avons vu… ? tu avais donc faim, et nous t’avons nourri ? tu avais soif, et nous t’avons donné à boire ?

38 tu étais un étranger, et nous t’avons accueilli ? tu étais nu, et nous t’avons habillé ?

39 tu étais malade ou en prison… Quand sommes-nous venus jusqu’à toi ?

40 Et le Roi leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait.”

41 Alors il dira à ceux qui seront à sa gauche : “Allez-vous-en loin de moi, vous les maudits, dans le feu éternel préparé pour le diable et ses anges.

42 Car j’avais faim, et vous ne m’avez pas donné à manger ; j’avais soif, et vous ne m’avez pas donné à boire ;

43 j’étais un étranger, et vous ne m’avez pas accueilli ; j’étais nu, et vous ne m’avez pas habillé ; j’étais malade et en prison, et vous ne m’avez pas visité.

44 Alors ils répondront, eux aussi : “Seigneur, quand t’avons-nous vu avoir faim, avoir soif, être nu, étranger, malade ou en prison, sans nous mettre à ton service ?

45 Il leur répondra : “Amen, je vous le dis : chaque fois que vous ne l’avez pas fait à l’un de ces plus petits, c’est à moi que vous ne l’avez pas fait.

46 Et ils s’en iront, ceux-ci au châtiment éternel, et les justes, à la vie éternelle. »

Écouter la Parole de Dieu et la prier

En vivant un temps de Lectio divina
(d’après la grille proposée par « PRIER LA PAROLE … pour en vivre »)

1er temps

Invoquer l’Esprit Saint au cours d’un bref moment de silence,

Viens, Esprit-Saint,
et envoie du haut du ciel
un rayon de ta lumière.

Viens en nous, père des pauvres,
viens, dispensateur des dons,
viens, lumière de nos cœurs.

Ô lumière bienheureuse,
viens remplir jusqu’à l’intime
le cœur de tous tes fidèles.

Lave ce qui est souillé,
baigne ce qui est aride,
guéris ce qui est blessé.

À tous ceux qui ont la foi,
donne le salut final,
donne la joie éternelle.

  • Ou avec des mots personnels…
  • En accueillant l’Esprit avec un chant de la communauté de l’Emmanuel, par exemple celui-ci

2ème temps – Lectio

  • Lire le texte en silence : je repère les mots, les personnages, les mouvements, le lieu… Je me représente la scène… Je relève ce qui me paraît important dans le texte.

Cette étape revêt un caractère plus studieux mais est importante pour « scruter » le texte biblique et lui permettre de véritablement me parler. « Que me dit le texte ? »

3ème temps – Meditatio

  • Relire lentement le texte : je regarde Jésus. Il me parle à travers cette Parole. Qu’est-ce que le texte me révèle-t-il de lui ? Quelle est la foi qui s’y exprime ? Comment ce témoignage de foi résonne-t-il en moi ? Qu’est-ce qui me rejoint aujourd’hui ? En quoi suis-je éclairé(e) ? Touché(e) ? Interpelé(e) ?

Convaincu(e) que cette Parole de Dieu s’adresse à moi pour aujourd’hui, je ne me précipite pas pour rechercher des applications concrètes immédiates. Je ne me fixe pas sur moi-même mais sur Dieu en ayant une lecture christocentrique et en m’attachant d’abord à contempler la grandeur et la beauté du Mystère révélé.

4ème temps – Oratio/Contemplatio

  • Relire le texte lentement et laisser monter ma réponse, une prière nourrie des paroles du texte biblique et véritable cœur à cœur : je laisse mon cœur parler librement à Dieu, dans la louange, la demande de pardon, la supplication, l’intercession… Avec tout ce que je suis et vis ce jour.

Il ne faut pas avoir peur de consacrer du temps à cette étape. Donner le temps au temps… pour permettre une adhésion du cœur. Le laisser s’ajuster à la disposition intérieure du Christ.

5ème temps – Actio

Il y a bien un 5ème temps, car en prolongement à ce temps de prière et par « la grâce de Dieu », la Parole prendra chair dans le concret de ma vie.

Lecture infiniment personnelle, la Lectio divina est aussi une lecture en Église. Il est bon de terminer en priant le Notre Père qui nous replace au cœur de l’Église.

Une proposition du Service de la Vie spirituelle

 

 

Illustration : CC0-Pixabay-sonamabcd-3196270

2 commentaires sur “Lectio divina – Fête du Christ, Roi de l’univers – 22 novembre 2020

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  1. Seigneur Jésus, Tu ne t’offusques pas que nous ne t’ayons pas reconnu, ni les uns ni les autres… Tu sais qu’il nous est difficile de te reconnaitre dans le petit, le pauvre, l’étranger… celui qui a l’air de n’avoir rien à nous apporter et qui nous révèle au meilleur de nous-mêmes.

    Je crois que c’est ton Esprit en nous qui nous guide vers eux, vers Toi sans te reconnaitre; que c’est ton Amour dans nos coeurs qui inspire les gestes de solidarité et les paroles de réconfort. Quitte à te reconnaitre après, « de dos ». En attendant le jour où nous te verrons et te connaitrons pleinement.

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