Art & Foi – La Madone du Magnificat

Au milieu du temps de l’Avent, la liturgie dominicale nous introduit dans les prémices de la joie de Noël. C’est le dimanche Gaudete. Au cœur de la liturgie de ce jour est placé le cantique de Marie, le Magnificat. L’appel de l’Église à nous réjouir se fonde sur les merveilles que le Seigneur accomplit dans la vie de Marie et qui vont profiter à chacun de nous. L’Église ne célèbre pas juste pour ‘faire mémoire’. Elle croit que ce qu’elle célèbre est pertinent pour ceux qui célèbrent… Ainsi, la liturgie de ce jour est ancrée dans la conviction que chaque croyant, à l’image de Marie, a son propre Magnificat, son propre chant de louange à Dieu pour les merveilles qu’Il a accomplies et même qu’Il va encore accomplir puisqu’Il est un Dieu « qui est, qui était et qui vient ».

Sandro Botticelli, La Madone du Magnificat, 1483
© Ras67 sur Wikimedia commons.org

Ce cantique, que nous trouvons dans l’évangile de Luc (Lc 1,46-55), est une prière qui embrasse admirablement le passé, le présent et le futur. Marie loue Dieu au moment même de la rencontre avec Élisabeth (« mon âme exalte le Seigneur »), pour ce que Dieu a fait (« Il s’est penché sur son humble servante ») et qui va influencer le cours de l’histoire humaine (« désormais tous les âges me diront bienheureuse »). De même, Botticelli, dans sa peinture, récapitule ‘l’histoire sainte’ de Marie. Le présent, c’est Jésus enfant assis sur les genoux de sa mère. Le passé, c’est cet événement inouï de l’Annonciation qui a inspiré à la Mère de Dieu son Magnificat. Elle est occupée à l’écrire dans le livre, guidée par la main de son fils. Le futur, c’est le couronnement qui est « à venir » (la Vierge Marie ne porte pas la couronne, elle est en train d’être couronnée). Ainsi, la scène transcende le temps et l’espace : Marie sera couronnée après son Assomption, au ciel. Dans l’Apocalypse (12,1), nous lisons : « Un grand signe apparut dans le ciel : une Femme » avec « sur la tête une couronne de douze étoiles. ». Ici aussi la couronne de Marie est composée d’étoiles.Tout cela n’adviendra pas sans douleur. La souffrance et la mort de Jésus sont représentées en germe par le fruit de la grenade dont les graines font penser à des gouttes de sang. Marie participera à cette souffrance, à l’œuvre du salut de son Fils : ils tiennent ensemble le fruit.

Ce tableau fait penser à un flash. Un peu comme une photographie qui immobilise une scène où il y a beaucoup de mouvement. Sa forme ronde fait penser à un focus qui centre nos regards, tout en « négligeant » de représenter dans leur entièreté les personnages placés aux extrémités de la scène. Pourtant, c’est leur mouvement de couronnement qui contribue à donner à la scène son dynamisme. La terre et le ciel, le bas et le haut, tout semble relié par un mouvement marqué par les regards des personnages représentés.

Les deux anges qui tiennent la couronne au-dessus de la tête de Marie la regardent. Elle-même a les yeux baissés. Regarde-t-elle son fils ? Il est étonnant de voir que Marie semble ne regarder ni ses mains ni le livre dans lequel elle est en train d’écrire. On dirait plutôt qu’elle est toute centrée sur Jésus. Est-ce une façon pour l’auteur de représenter de manière matérielle une inspiration spirituelle ?

Le bras de Marie se laisse guider par la petite main de Jésus. Mais lui non plus ne regarde pas le livre ! En observant ses yeux levés, nous devinons qu’Il transperce la réalité invisible, que son regard atteint le Ciel. Jésus relie le ciel et la terre. Sur le sein de sa mère, il est en même temps le Fils unique, « lui qui est dans le sein du Père » (Jn 1,18), « Le Verbe qui est auprès de Dieu » (Jn 1,1). Le peintre nous présente Jésus touchant avec ses doigts les mots écrits par sa mère. Serait-ce pour manifester que c’est Lui le Verbe, la Parole de Dieu qui s’est fait chair et dont les paroles sont matérialisées par le texte biblique ? Le rendez-vous nous est donné avec l’évangile de la Messe de Noël…

La joie paisible qui émane de cette peinture semble difficile à accueillir en ce temps que nous vivons : comment concilier le dimanche de la joie et la perspective d’un Noël confiné ? L’inconnu et l’inhabituel étaient aussi le lot de Marie : la vie de la mère de Dieu ne sera pas rose. Malgré son avenir incertain au moment de l’Annonciation, elle regarde avec les yeux de la foi et s’émerveille devant l’œuvre de Dieu. À son exemple, nous pouvons donner foi aux paroles de saint Paul : « Nous le savons, quand les hommes aiment Dieu, lui-même fait tout contribuer à leur bien » (Rm 8,28). En nous, plus profonde que le sentiment d’inconfort ou d’angoisse, est logée l’étincelle de la foi que dans toute situation difficile Dieu agit en notre faveur. Même en temps de confinement, aussi difficile que cela puisse être à croire… Ce qui peut nous aider, c’est de relire notre vie pour y identifier et nommer les actions de Dieu, pourquoi pas en rédigeant notre propre Magnificat ? Nous pouvons y puiser la force d’espérer en un lendemain meilleur, car Dieu est fidèle et n’arrête pas l’œuvre de ses mains (cf. Ps 137,8).

Service de la formation
Vicariat du Brabant wallon

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