Lectio divina – 4ème dimanche de l’Avent B – 20 décembre 2020

À quelques jours de la fête de la Nativité, la liturgie de ce quatrième dimanche de l’Avent – temps de l’attente d’un « à venir » – nous renvoie paradoxalement « en arrière ». Nous nous retrouvons à l’Annonciation. Serait-ce pour mieux appréhender la portée de cette naissance extraordinaire à venir ? La liturgie aime nous inviter à faire mémoire. Au moment où la promesse est sur le point de s’accomplir, nous sommes renvoyés à l’instant où tout commence. Une bonne préparation à un événement s’appuie sur la mémoire des étapes qui nous y ont amenés. Préparons-nous à Noël en revisitant les annonces prophétiques qui inscrivent la naissance de Jésus dans l’histoire humaine bien concrète. 

« Prier la Parole… pour en vivre » propose une écoute priante de la Parole. Elle est fondée sur la conviction que la Parole de Dieu est vivante et « prend chair » aujourd’hui dans la vie de celui qui l’accueille en vérité. Passant par une compréhension du texte, la recherche de son sens profond, elle achemine naturellement vers un cœur à cœur avec Dieu qui ne peut qu’influer sur l’agir au quotidien.

Cette prière de la Parole est l’héritière d’une longue tradition appelée Lectio divina.

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Prier l’évangile du 4ème dimanche de l’Avent B

Lc 1,26-38

  • Introduction

Les lectures bibliques de ce dimanche nous mettent sur le seuil entre l’Ancien et le Nouveau Testament. Voici que les prophètes ont annoncé la naissance du descendant de David qui sera roi pour toujours. Ce roi sera en même temps le fils de Dieu. La venue de ce roi-fils, annoncée dans la première lecture (2 S 7,12-14a) et évoquée dans le psaume (Ps 88, 4-5), s’accomplit en Marie qui enfantera Jésus. En effet, l’évangile qualifie l’enfant à naître de roi (Lc 1,32-33) et de Fils de Dieu (Lc 1,35). Cette correspondance du vocabulaire manifeste que la promesse arrive à son accomplissement. Celui-ci dépasse même les attentes humaines : voici que l’enfant à naître n’est pas ‘juste’ un messie envoyé par Dieu, il est Dieu lui-même, la deuxième personne de la Trinité qui s’incarne. Dieu ne cesse de nous surprendre par ses actions. En effet, c’est lui qui agit, qui ‘fait’, là justement où Marie demande comment cela se fera… Le Dieu que nous découvrons dans les lectures de ce jour est un Dieu actif, un Dieu agissant dans l’histoire des hommes et dans leurs vies. Il n’y pas d’autre motif à cette action que celui que chante le psaume : l’amour éternel et fidèle de Dieu envers l’homme (Ps 88,2-3).

  • Comprendre la Parole (Lc 1,26-38) – Quelques repères

L’évangile d’aujourd’hui s’insère dans le grand cycle des textes lus en ces derniers jours de l’Avent. Il commence toujours le 17 décembre. L’évangile de dimanche s’inscrit dans une progression. La veille, nous avons lu l’annonce de la naissance de Jean-Baptiste faite à Zacharie (Lc 1,5-25). Le lendemain, ce sera la première partie du récit de la visitation à Élisabeth (Lc 1,39-45), suivie du Magnificat et du récit de la naissance de Jean-Baptiste.

Ce texte est étroitement lié à l’annonce faite à Zacharie :

  • « Le sixième mois », qui ouvre le texte d’aujourd’hui, renvoie au moment de l’annonce faite à Zacharie (cf. v. 24 et 26) ;
  • Un même protagoniste relie les deux annonciations : l’ange Gabriel ;
  • « Élisabeth, celle qu’on appelait la femme stérile, a conçu, elle aussi, un fils et elle en est à son sixième mois ». Cette annonce est un signe qui confirme et donne consistance à l’annonce faite à Marie.
  • La conception de Jean-Baptiste et celle de Jésus matérialisent l’affirmation finale de l’ange : « Rien n’est impossible à Dieu » (v. 37). Cette phrase fait aussi écho à l’annonce de la naissance d’Isaac à Sara : « Y a-t-il une merveille que le Seigneur ne puisse accomplir ? » (Gn 18,14)

Pourtant il y a aussi des divergences importantes entre les deux textes :

  • Dans le premier, on parle de la naissance d’un prophète d’une femme considérée comme stérile. Dans le deuxième, il est question de la naissance d’un fils de Dieu, fils du Très-Haut, futur roi, d’une femme vierge. Il y a ici un crescendo.
  • Ce qui distingue les destinataires des deux annonces, c’est leur attitude de foi ou de doute. Zacharie exprime son incrédulité en demandant « Comment vais-je savoir que cela arrivera ? » Marie ne doute pas, mais pose une question pratique sur la manière dont l’annonce va se réaliser (car elle « ne connaît pas d’homme »). Zacharie nous est donné en contre-exemple (cf. sa « punition » au v. 20) en opposition à la foi et la confiance de Marie.

L’annonce de l’ange au centre du texte peut être divisée en deux parties : des versets 30 à 34 et 35 à 38. Chacune commence par la parole de l’ange, culmine avec l’affirmation de la filiation divine de Jésus et se termine avec la réponse de Marie. La première partie affirme la maternité divine de Marie : elle va enfanter un fils et ce sera en même temps le Fils du Très-Haut. La deuxième partie affirme la maternité virginale de Marie : point question de père, de Joseph, c’est Dieu qui indique le nom de l’enfant à Marie (normalement c’est l’affaire du père) : le fils de Dieu s’appellera Jésus.

Dans ce récit, il y a un parallèle proche avec la description de la venue de Dieu dans l’arche de l’Alliance (cf. Ex 40,34) et dans le temple construit par Salomon (1 R 8,10). Dans ces deux textes, il est question de la nuée – comprenons « la gloire de Dieu » – qui remplit le lieu. De même, Marie devient tabernacle de Dieu qui la prend sous son ombre par l’action de l’Esprit Saint (v. 35). Ce parallèle donnera dans la tradition de l’Église les appellations de Marie : demeure de Dieu, nouvelle arche d’Alliance.

Les lectures d’aujourd’hui parlent de « maison ». David veut construire une maison pour Dieu. Ce à quoi Dieu répond par la bouche du prophète Nathan que c’est Lui-même qui construira une maison à David. Ici, la maison n’est plus un bâtiment, elle est même plus que la tribu : c’est la lignée royale, la descendance. Les Pères de l’Église en déduiront que Marie est la maison de Dieu par excellence : son sein est ‘le lieu’ où naît le successeur promis à David.

Devant ce projet extraordinaire de Dieu, que peut faire Marie ? Tout. En effet, elle est pleinement libre. La réalisation de ce projet dépend entièrement du oui de la jeune femme. Le Créateur s’en remet à sa créature… Son respect de la liberté de l’homme va jusque-là. Marie choisit librement de se mettre au service de cette proposition que Dieu lui fait par la bouche de l’ange. Sa réponse : « Voici », tout comme celle du prophète Isaïe (Is 6,8) ou du jeune Samuel (1 S 3,4-6), manifeste sa disponibilité et l’accord de poursuivre une mission particulière à laquelle Dieu appelle, une mission de se mettre pleinement, corps et âme, au service du Seigneur.

Évangile selon saint Luc (Lc 1,26-38)

26 Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée, appelée Nazareth,

27 à une jeune fille vierge, accordée en mariage à un homme de la maison de David, appelé Joseph ; et le nom de la jeune fille était Marie.

28 L’ange entra chez elle et dit : « Je te salue, Comblée-de-grâce, le Seigneur est avec toi. »

29 À cette parole, elle fut toute bouleversée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation.

30 L’ange lui dit alors : « Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu.

31 Voici que tu vas concevoir et enfanter un fils ; tu lui donneras le nom de Jésus.

32 Il sera grand, il sera appelé Fils du Très-Haut ; le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ;

33 il régnera pour toujours sur la maison de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. »

34 Marie dit à l’ange : « Comment cela va-t-il se faire puisque je ne connais pas d’homme ? »

35 L’ange lui répondit : « L’Esprit Saint viendra sur toi, et la puissance du Très-Haut te prendra sous son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint, il sera appelé Fils de Dieu.

36 Or voici que, dans sa vieillesse, Élisabeth, ta parente, a conçu, elle aussi, un fils et en est à son sixième mois, alors qu’on l’appelait la femme stérile.

37 Car rien n’est impossible à Dieu. »

38 Marie dit alors : « Voici la servante du Seigneur ; que tout m’advienne selon ta parole. » Alors l’ange la quitta.

 

Écouter la Parole de Dieu et la prier

En vivant un temps de Lectio divina
(d’après la grille proposée par « PRIER LA PAROLE … pour en vivre »)

1er temps Invoquer l’Esprit Saint au cours d’un bref moment de silence.

Esprit Saint, source vive,
viens régner dans nos cœurs,
Embrase-nous, amour du Père,
Fais-nous reconnaître le Sauveur !

Ou avec des mots personnels…

2ème temps – Lectio

  • Lire le texte en silence : je repère les mots, les personnages, les mouvements, le lieu… Je me représente la scène… Je relève ce qui me paraît important dans le texte.

Cette étape revêt un caractère plus studieux mais est importante pour « scruter » le texte biblique et lui permettre de véritablement me parler. « Que me dit le texte ? »

3ème temps – Meditatio

  • Relire lentement le texte : je regarde Jésus. Il me parle à travers cette Parole. Qu’est-ce que le texte me révèle-t-il de lui ? Quelle est la foi qui s’y exprime ? Comment ce témoignage de foi résonne-t-il en moi ? Qu’est-ce qui me rejoint aujourd’hui ? En quoi suis-je éclairé(e) ? Touché(e) ? Interpelé(e) ?

Convaincu(e) que cette Parole de Dieu s’adresse à moi pour aujourd’hui, je ne me précipite pas pour rechercher des applications concrètes immédiates. Je ne me fixe pas sur moi-même mais sur Dieu en ayant une lecture christocentrique et en m’attachant d’abord à contempler la grandeur et la beauté du Mystère révélé.

4ème temps – Oratio/Contemplatio

  • Relire le texte lentement et laisser monter ma réponse, une prière nourrie des paroles du texte biblique et véritable cœur à cœur : je laisse mon cœur parler librement à Dieu, dans la louange, la demande de pardon, la supplication, l’intercession… Avec tout ce que je suis et vis ce jour.

Il ne faut pas avoir peur de consacrer du temps à cette étape. Donner le temps au temps… pour permettre une adhésion du cœur. Le laisser s’ajuster à la disposition intérieure du Christ.

5ème temps – Actio

Il y a bien un 5ème temps, car en prolongement à ce temps de prière et par « la grâce de Dieu », la Parole prendra chair dans le concret de ma vie.

Lecture infiniment personnelle, la Lectio divina est aussi une lecture en Église. Il est bon de terminer en priant le Notre Père qui nous replace au cœur de l’Église.

Une proposition des services de la Formation et de la Vie spirituelle

Photo : © ewtn.pl

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