Lectio divina – 2ème dimanche du Temps ordinaire (B) – 17 janvier 2021

Avec ce dimanche, nous avançons résolument dans le Temps que l’Église appelle « ordinaire ». Il l’est non parce qu’il nous ramènerait à une certaine monotonie du déroulement de nos jours mais, plutôt, parce qu’il nous invite à ‘ordonner’, à accorder nos vies aux Mystères célébrés à Noël et à Pâques. Semaine après semaine, la liturgie va les déployer et nous aider à en vivre toujours plus pleinement. Ce Temps est celui de l’espérance, fondée sur la victoire de Jésus mort et ressuscité et l’annonce de sa venue dans la gloire. 

« Prier la Parole… pour en vivre » propose une écoute priante de la Parole. Elle est fondée sur la conviction que la Parole de Dieu est vivante et « prend chair » aujourd’hui dans la vie de celui qui l’accueille en vérité. Passant par une compréhension du texte, la recherche de son sens profond, elle achemine naturellement vers un cœur à cœur avec Dieu qui ne peut qu’influer sur l’agir au quotidien.

Cette prière de la Parole est l’héritière d’une longue tradition appelée Lectio divina.

Télécharger le document en version pdf

Prier l’évangile
du 2ème dimanche du Temps ordinaire – année B

Jean 1,35-42

  • Introduction

Dès ce dimanche il est question d’appels de Dieu, de chercher Jésus, de marcher à sa suite, de demeurer avec Lui. Et, à en croire l’histoire du petit Samuel, peu importe l’âge (1 S 3,3-10). Il s’agit seulement de répondre, avec toute sa personne, « me voici ! ». « Me voici, Seigneur, je viens faire ta volonté » nous fera chanter le psaume (39,8a.9a) suscitant en nous non pas le sentiment d’une lourde tâche à accomplir mais un « chant nouveau, une louange à notre Dieu » (Ps 39,4). « Me voici », une réponse qui nous « unit au Seigneur » (1 Co 6,17) et fait de nous des « sanctuaires de l’Esprit Saint » (1 Co 6,19) ce qui n’est pas banal ni sans conséquence pour la façon dont nous nous conduirons. Voilà tout un programme pour entamer plein de disponibilité, de joie et d’espérance le Temps ‘ordinaire’.

  • Comprendre la Parole (Jean 1,35-42) – Quelques repères

Nous sommes au tout début de l’évangile de Jean. Le texte de ce jour appartient à la section de son premier chapitre où l’auteur nous fait vivre l’effacement de Jean (le Baptiste) devant Jésus. Dans les versets précédents, marqués par l’attente du Messie, Jean a reconnu qu’il ne l’était pas. Il s’est présenté comme étant la « voix qui crie dans le désert… » (v.29), sous-entendu que la venue du Messie est toute proche, Il est même là « au milieu de vous » (v.26). Puis, ayant vu un signe – l’Esprit descendant comme une colombe – Jean « rend témoignage : c’est lui le Fils de Dieu » (v.34).

Le passage d’évangile lu en ce dimanche est d’une insondable richesse pour découvrir qui est Jésus et qui sont ses disciples. Nous vous donnons ici quelques repères pour entrer dans une bonne compréhension de ce texte et en saisir un peu de sa profondeur.

  • « Le lendemain, Jean se trouvait là avec deux de ses disciples. » «  », c’est toujours, selon l’évangéliste, « à Béthanie, de l’autre côté du Jourdain » (v.28).
  • Jean leur désigne Jésus : « Voici l’Agneau de Dieu ». Il l’avait déjà dit la veille – sans doute à la foule – : « Voici l’Agneau de Dieu qui enlève le péché du monde » (v.29). C’est dire l’importance de cette désignation. Pour l’auditeur de Jean, elle est lourde de signification. Elle renvoie à plusieurs passages fondateurs de l’ancien Testament.
  • Abraham croit devoir offrir son fils en sacrifice. Au moment de gravir la montagne, Isaac s’étonne « Où est l’agneau pour l’holocauste ? » Abraham lui répond « Dieu saura bien trouver l’agneau pour l’holocauste » (Gn 22,7-8).
  • Il y a aussi l’agneau pascal qui est le signe du passage de Dieu libérant son peuple de l’esclavage en Égypte (Ex 12,1-14).
  • Isaïe a décrit le « serviteur souffrant comme un agneau conduit à l’abattoir, (…) il n’ouvre pas la bouche (…) frappé à mort pour les révoltes de son peuple, (…) il se chargera de leurs fautes » (Is 53,7-11).

Après la mort et la Résurrection de Jésus, pour l’évangéliste et pour nous, dire que Jésus est l’Agneau de Dieu, c’est aussi reconnaître avec Pierre que ce n’est pas par l’or ou l’argent que nous avons été rachetés mais « par un sang précieux, celui d’un agneau sans défaut et sans tache, le Christ » (1 P 1,19).

  • Dans ce passage, l’évangéliste utilise des verbes qui, pour la plupart, lui sont propres et que l’on retrouve dans d’autres chapitres de son évangile pour parler de Jésus et du disciple.
  • « Les deux disciples suivirent Jésus ». Tout comme les brebis suivent le bon berger « car elles connaissent sa voix » (Jn 10,4). Ou encore, « Si quelqu’un veut me servir, qu’il me suive» (Jn 12,26).
  • « Où demeures-tu ? » Ce verbe induit une notion de durée dans le temps mais aussi de lien très fort. C’est une communion entre le Père et le Fils – « le Père qui demeure en moi fait ses propres œuvres » (Jn 14,10) – et un appel à une communion entre le disciple et Jésus – « Celui qui mange ma chair et boit mon sang demeure en moi, et moi, je demeure en lui » (Jn 6,56) ou « De même que le sarment ne peut pas porter de fruit par lui-même s’il ne demeure pas sur la vigne, de même vous non plus, si vous ne demeurez pas en moi » ( Jn 15,4).
  • Jésus leur répond « venez… » Venez, comme Nicodème viendra de nuit trouver Jésus (Jn 3,2). Et venir à Jésus, c’est un appel mais aussi une grâce : « Personne ne peut venir à moi, si le Père qui m’a envoyé ne l’attire » (Jn 6,44).
  • « … et vous verrez. » Jean a vu et il a rendu témoignage (Jn 1,34) car il a cru ; comme il est dit du disciple entrant dans le tombeau vide le matin de Pâques, il « vit et il crut » (Jn 20,8). Pour l’évangéliste, ‘voir’ et ‘croire’ sont les deux facettes d’une même réalité.
  • Aux versets 36 et 42, le narrateur utilise aussi la belle expression « poser son regard » qui reflète une certaine intensité, teintée de respect et d’amour.
  • « C’était vers la dixième heure. » Après avoir parlé de ‘rester’, ‘demeurer’, une journée…, ce qui suppose une durée, l’auteur tout à coup donne une précision horaire. Elle a une signification. Dans la Bible, ‘dix’ exprime une plénitude. L’évangéliste voudrait-il nous dire qu’avec la venue de Jésus, « les temps sont accomplis » (Marc 1,15) et qu’une nouvelle création est inaugurée ? Ou, tout simplement, la rencontre vécue est-elle si déterminante au point d’être à jamais gravée dans la mémoire du disciple ?

« Venez et voyez » nous dit aussi Jésus, au moment où nous allons prier ce texte de l’évangile de Jean et demeurer un moment auprès du Seigneur.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 1,35-42)

35 Le lendemain encore, Jean se trouvait là avec deux de ses disciples.

36 Posant son regard sur Jésus qui allait et venait, il dit : « Voici l’Agneau de Dieu. »

37 Les deux disciples entendirent ce qu’il disait, et ils suivirent Jésus.

38 Se retournant, Jésus vit qu’ils le suivaient, et leur dit : « Que cherchez-vous ? » Ils lui répondirent : « Rabbi – ce qui veut dire : Maître –, où demeures-tu ? »

39 Il leur dit : « Venez, et vous verrez. » Ils allèrent donc, ils virent où il demeurait, et ils restèrent auprès de lui ce jour-là. C’était vers la dixième heure (environ quatre heures de l’après-midi).

40 André, le frère de Simon-Pierre, était l’un des deux disciples qui avaient entendu la parole de Jean et qui avaient suivi Jésus.

41 Il trouve d’abord Simon, son propre frère, et lui dit : « Nous avons trouvé le Messie » – ce qui veut dire : Christ.

42 André amena son frère à Jésus. Jésus posa son regard sur lui et dit : « Tu es Simon, fils de Jean ; tu t’appelleras Kèphas » – ce qui veut dire : Pierre.

Écouter la Parole de Dieu et la prier

En vivant un temps de Lectio divina
(d’après la grille proposée par « PRIER LA PAROLE … pour en vivre »)

1er temps – Invoquer l’Esprit Saint au cours d’un bref moment de silence.

Seigneur, fais que mon esprit et mon cœur
s’ouvrent à ton Esprit pour accueillir ta Parole,
aiguise mes sens pour savoir écouter, voir et sentir
dans mon histoire et dans l’histoire de l’humanité,
ta présence aimante et salvatrice,
pour découvrir dans ta Parole
les chemins de vie nouvelle que tu as préparés pour nous.
(Dominicaines de la Présentation)

Ou avec des mots personnels…

2ème temps – Lectio

  • Lire le texte en silence : je repère les mots, les personnages, les mouvements, le lieu… Je me représente la scène… Je relève ce qui me paraît important dans le texte.

Cette étape revêt un caractère plus studieux mais est importante pour « scruter » le texte biblique et lui permettre de véritablement me parler. « Que me dit le texte ? »

3ème temps – Meditatio

  • Relire lentement le texte : je regarde Jésus. Il me parle à travers cette Parole. Qu’est-ce que le texte me révèle-t-il de lui ? Quelle est la foi qui s’y exprime ? Comment ce témoignage de foi résonne-t-il en moi ? Qu’est-ce qui me rejoint aujourd’hui ? En quoi suis-je éclairé(e) ? Touché(e) ? Interpelé(e) ?

Convaincu(e) que cette Parole de Dieu s’adresse à moi pour aujourd’hui, je ne me précipite pas pour rechercher des applications concrètes immédiates. Je ne me fixe pas sur moi-même mais sur Dieu en ayant une lecture christocentrique et en m’attachant d’abord à contempler la grandeur et la beauté du Mystère révélé.

4ème temps – Oratio/Contemplatio

  • Relire le texte lentement et laisser monter ma réponse, une prière nourrie des paroles du texte biblique et véritable cœur à cœur : je laisse mon cœur parler librement à Dieu, dans la louange, la demande de pardon, la supplication, l’intercession… Avec tout ce que je suis et vis ce jour.

Il ne faut pas avoir peur de consacrer du temps à cette étape. Donner le temps au temps… pour permettre une adhésion du cœur. Le laisser s’ajuster à la disposition intérieure du Christ.

5ème temps – Actio

Il y a bien un 5ème temps, car en prolongement à ce temps de prière et par « la grâce de Dieu », la Parole prendra chair dans le concret de ma vie.

Lecture infiniment personnelle, la Lectio divina est aussi une lecture en Église. Il est bon de terminer en priant le Notre Père qui nous replace au cœur de l’Église.

Une proposition du service de la Vie spirituelle

 

 

Photo : Vitrail – 4685076-CC0-Pixabay-Dorothée Quenesson

3 commentaires sur “Lectio divina – 2ème dimanche du Temps ordinaire (B) – 17 janvier 2021

Ajouter un commentaire

  1. Un peu curieux, ton mode de recrutement, Seigneur ! Etrange, peut-être, mais tellement respectueux ! Tu ne fais pas l’article, tu ne promets pas monts et merveilles, tu ne fais pas étalage de tes titres… Tu laisses merveilleusement libres, ces disciples à qui tu dis : « Venez et vous verrez ». On ne peut que se mettre à genoux ! L’Evangile ne dit pas ce qu’ils ont vu, ce qu’ils ont fait, mais il précise que ces disciples de Jean sont restés auprès de toi. Et André en avait tellement le coeur en joie qu’il t’a amené son frère. Il lui avait annoncé avoir trouvé le Messie !
    Loué sois-tu, Seigneur, pour ces coeurs simples qui peuvent te reconnaître d’emblée. Tu n’avais ni prononcé de beaux discours ni fait d’actions d’éclat, mais déjà, ils ont le coeur pris !
    Accorde-nous, Seigneur, s’il te plaît, de pouvoir, nous aussi, venir vers toi et rester auprès de toi. Pour devenir capables d’appeler de nouveaux disciples à te reconnaître et à t’aimer. Tu poseras alors, sur nous, ton regard et tu nous appelleras d’un nom nouveau pour signifier que nous sommes avec toi, dans l’Esprit, à la gloire du Père.

    J'aime

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :