ART & FOI – Entrons en Carême, avec Rembrandt

Le philosophe en méditation 1632 – Télécharger en pdf

Art & Foi

Entrons en Carême

avec Rembrandt

Exposée au Louvre, cette œuvre de jeunesse de Rembrandt n’est petite que par ses dimensions (29 x 33cm). Elle n’en demeure pas moins impressionnante par sa profondeur, pour peu que nous prenions le temps de nous laisser inviter dans cette modeste demeure, très rustique, où un vieux couple nous accueille dans son quotidien. Ces deux personnages semblent confinés chez eux en plein hiver. Des bandes sombres autour de la scène la recadrent pour la faire tenir dans un cercle. On a presque l’impression d’observer la scène à leur insu, à travers le trou d’une serrure… Entrons dans cet intérieur chaleureux et dépouillé, fait d’ombre et de lumière… à l’image du cheminement spirituel qui s’ouvre devant nous aujourd’hui.

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Pas de doute ! Ce qui attire en premier le regard sur cette toile est cet imposant escalier en colimaçon : il est immense comparé à la taille de la pièce. Marche après marche, il s’élève, tortueux, vers un lieu étonnamment obscur, voire ténébreux. Pourquoi cette obscurité là-haut ? Ne nous serions-nous pas attendus à trouver la lumière au sommet de l’escalier ? Rembrandt peint les hauteurs en noir. Etonnant… Quoique…

Pour donner sens à cette obscurité à laquelle conduit le large escalier, tournons nos yeux vers cette mystérieuse petite porte close qui, sans doute, descend à la cave. Cette porte est étroite, trop étroite, non ? Ses dimensions à elle sont aussi disproportionnées : comment voulez-vous qu’un adulte la franchisse… sans s’abaisser, sans se faire tout petit ? Quel contraste entre cette minuscule porte, presque cachée, qui descend à la cave, et cet imposant escalier qui monte ! En fixant la porte, on entendrait presque Jésus nous dire : « Entrez par la porte étroite. Elle est grande, la porte, il est large, le chemin qui conduit à la perdition ; et ils sont nombreux, ceux qui s’y engagent. Mais elle est étroite, la porte, il est resserré, le chemin qui conduit à la vie ; et ils sont peu nombreux, ceux qui le trouvent » (Mt 7, 13-14). On comprend mieux dès lors l’obscurité en haut du grand escalier…

Une énigmatique petite porte… Quelle belle invitation à accueillir pour cette entrée en Carême… Vais-je me laisser tenter par l’escalier facile, le chemin le plus emprunté mais qui ne me conduit pas forcément à la Vie ? Ou vais-je accepter cette invitation à me faire petit pour pouvoir franchir la porte étroite ? La Sagesse aussi nous interpelle : « si quelqu’un est tout petit, quil vienne à moi » (Pr 9,4). Jésus le faisait tout autant : « Laissez venir à moi les petits enfants » (Mt 19,14).

Nous voilà au cœur de l’Évangile. Notre méditation pourrait presque s’arrêter là : y a-t-il quelque chose à ajouter ?  Faut-il autre chose pour entrer en Carême que cet appel à revenir à l’humilité et la simplicité de l’Évangile, lorsque notre quotidien nous ouvre ou nous fait désirer des chemins de grandeurs et de hauteurs ? Même si tout est déjà dit, poursuivons notre méditation et donnons la parole à ce vieux couple, qui inspire sagesse et simplicité et qui nous accueille chez eux. À chacun est associée une source de lumière qui, partiellement ou totalement, se trouve hors du cercle, comme hors champ : l’extérieur de la fenêtre pour monsieur, et le feu pour madame. Pour chacun, la lumière vient d’un ailleurs. Contemplons ce couple…

Honneur à madame… À l’avant-plan, à droite, une vieille dame se tient discrètement, dans l’obscurité. Elle n’apparaît pas comme un élément essentiel du tableau. Au contraire, elle est toute effacée, presqu’invisible. Elle fait partie de ces hommes et ces femmes qui font péniblement leur travail au quotidien, en toute simplicité et en toute discrétion, loin des projecteurs. Même si c’est l’obscurité qui l’entoure, elle reste à sa place et continue d’attiser le feu, coûte que coûte : il ne faut pas le laisser s’éteindre. Quel encouragement à tenir bon dans l’épreuve ! Oui, au cours de ce cheminement de dépouillement et de vérité qu’est le Carême, nous aurons des moments d’obscurité, de désolation où nous serions tentés de revenir vers une autre lumière que celle qui nous brûle intérieurement et qui semble vouloir s’éteindre. Cette vieille femme, pleine d’expérience, ne fuit pas cette obscurité, la réalité de son quotidien, aussi rude soit-il : elle cherche à tout prix à maintenir la flamme qui brûle dans le noir. En restant à sa place lorsque tombe le soir, elle apporte la chaleur à tout le foyer.

À l’arrière-plan, à gauche, monsieur a l’allure d’un vieux sage. Il est assis près d’une table où repose un grand livre largement ouvert. On imagine que la lecture de ce livre l’a plongé dans une profonde méditation, ou dans l’ardente intimité de la prière. Il baigne dans une splendide lumière qu’il accueille en lui et qui resplendit autour de lui. Peut-être est-ce la raison pour laquelle il se tient là, inactif, au repos : il se laisse saisir par la Parole, brûler par elle. A-t-il choisi « la meilleure part » (Lc 10,42) ? Peut-être… Mais dans la vie, comme dans la vie spirituelle, on ne choisit pas toujours la part qui nous revient : nous avons le plus souvent à accueillir celle qui nous est donnée pour la faire nôtre…

La contemplation de ce vieux couple peut nous soutenir sur notre chemin vers la porte étroite qui s’ouvre sur Pâques. Parfois nous aurons l’impression que les ténèbres nous entourent et il nous sera demandé, comme à cette vieille dame, de continuer discrètement, voire péniblement, à alimenter le feu sacré qui profitera mystérieusement à tous. Parfois nous aurons l’impression d’être inondés de la lumière d’une Rencontre fortuite qui viendra toucher notre cœur et éclairer aussi tous ceux qui nous entourent. Dans un cas comme dans l’autre, nous serons toujours ramenés face à un même choix : le large escalier ou la porte étroite ?

En ce début de Carême, prenons conscience d’être nous aussi au pied d’un large escalier qui nous tente vers les hauteurs, mais aussi devant une petite et mystérieuse porte qui ne demande qu’à s’ouvrir. « Je me tiens à la porte, et je frappe. Si quelqu’un entend ma voix et ouvre la porte… » (Ap 3,20).

Service de la formation
Vicariat du Brabant wallon

Un commentaire sur “ART & FOI – Entrons en Carême, avec Rembrandt

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  1. Extraordinaire méditation, quelle profondeur, quelle vision de ce qui passe(rait) inaperçu… merci infiniment pour cette réflexion passionnante et tellement nourrissante ! Saint et heureux Carême !

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