ART & FOI – « Répare ma maison qui tombe en ruine »

Giotto – Le crucifix de Saint-Damien
Télécharger la méditation en pdf

Art & Foi

« Répare ma maison qui tombe en ruine »

 

En ce 3ème dimanche de Carême, la liturgie nous fait contempler la colère de Jésus face à des dysfonctionnements du Temple (Jn 2,13-25). Sa prise de parole face à cet état spirituellement délabré du Temple m’a rappelé le Christ qui a parlé à saint François à l’intérieur de la petite église en ruine de Saint-Damien, dans les campagnes d’Assise.

La scène, peinte ici par Giotto, se passe en 1205. François a alors 23 ans. Issu d’une riche famille, il bénéficie d’une jeunesse aisée. Il va finir pourtant par rejeter les modes de vie mondaine et l’insouciance des jeunes de son âge, pour répondre à un appel intérieur plus profond qu’il commence seulement à percevoir. La sobriété du vêtement avec lequel Giotto représente saint François révèle le cheminement intérieur de purification déjà entamé, pour rejoindre Dame Pauvreté : le voilà vêtu en pénitent, statut qu’il revendiquera par la suite.

Alors qu’il n’en est encore qu’au début de sa conversion, François est déjà surmonté d’un nimbe doré, signe de sa sainteté. En même temps, il est entouré d’une épaisse obscurité, l’un n’empêchant pas l’autre. François avait en effet déjà posé des actes forts de dépouillement pour conformer sa vie à son désir profond de pauvreté, mais un doute subsistait dans son cœur : il avait renoncé aux richesses, mais il pressentait qu’il n’avait pas encore trouvé sa voie. Il cherchait ce que le Seigneur attendait de lui. Ainsi, ce nimbe doré entouré de noirceur pourrait figurer une vie intérieure encore mouvementée, mais toute habitée par l’amour du Christ. François brûle du désir de suivre radicalement le Christ, mais il est encore en attente d’un signe, aux aguets d’un mot, d’un ordre[1] qui lui ferait percevoir sa vocation.

C’est donc revêtu de pauvreté et disponible pour un appel du Seigneur que François se retire dans la solitude pour prier. Il finit ainsi par entrer dans la chapelle Saint-Damien, ou plutôt dans ce qu’il en reste car la petite bâtisse en périphérie d’Assise tombe en ruines. Giotto la représente ici avec un toit à moitié manquant, des pans entiers de murs écroulés et un intérieur réduit à sa plus simple expression. Bref, l’église Saint-Damien était complètement délabrée, à l’image peut-être de l’âme de François : extérieurement, tout était en train de s’écrouler, des pans entiers de son mode de vie ancien avaient disparu et tout désir de vie chevaleresque semblait l’avoir déserté. Pour son père, c’était un désastre : les projets qu’il nourrissait pour son fils étaient en ruine. En réalité, le cœur de François était dans un état de pauvreté, de désarmement, de dénuement total… Au milieu de murs écroulés, seul un Christ en croix demeurait, là, fidèle… Dieu seul…

François entre donc dans cette église délabrée et se met à prier avec ces mots :

« Dieu Très-Haut et Glorieux,

illumine les ténèbres de mon cœur.

Donne-moi une foi droite, une espérance ferme,

une charité parfaite, le sens et la connaissance, Seigneur,

afin que j’accomplisse Ta volonté sainte et vraie. »

C’est alors qu’une voix lui parvint, semblant sortir du crucifix de l’église :

« François, va et répare ma maison qui, tu le vois, tombe en ruines. »

Les mains levées, François entre en adoration devant le miracle de la Parole. Il ne comprend pas tout de suite la portée de cette mission reçue : il l’accueille d’abord au pied de la lettre. C’est ainsi qu’il se met à rebâtir l’église Saint-Damien, pierre après pierre. Il fera pareil ensuite avec d’autres édifices religieux de la région. Ce n’est que plus tard, par l’Esprit, qu’il comprendra que dans l’appel qu’il avait reçu, comme dans l’évangile de ce dimanche, Jésus ne parlait pas du bâtiment de pierre, mais du sanctuaire de son Corps. Ce n’est pas tant de l’édifice extérieur qu’il faut prendre soin car « l’heure vient où vous n’irez plus ni sur cette montagne ni à Jérusalem pour adorer le Père » (Jn 4,21), mais de ses pierres vivantes que sont les baptisés. François finit par comprendre que le zèle qui dévore le Christ pour la Maison du Père concerne son Corps. Ce n’est pas l’édifice qui a besoin d’être rebâti : ce sont les membres de l’Église qui ont besoin de conversion pour retrouver la profondeur de la foi et le zèle de l’amour.

Au cœur de notre Carême, dans quel état est notre temple intérieur ? Est-il encombré, comme celui de Jérusalem qui a poussé Jésus à chasser violemment tout ce qui n’était pas Dieu ? Ou est-il dans un piteux état, à l’image de l’église Saint-Damien… délabrée et pourtant, elle s’est  révélée être un espace ouvert pour une Parole créatrice de vie nouvelle pour l’Église ?

 

Pour aller plus loin

Pour conclure, nous pouvons contempler le crucifix de Saint-Damien, celui-là même qui a demandé à saint François de réparer l’Église. Il est aujourd’hui conservé à la basilique Sainte-Claire d’Assise.

Service de la formation
Vicariat du Brabant wallon

[1] Cf. Hymne « Vivre à Dieu seul » pour la fête de saint Benoît.

Un commentaire sur “ART & FOI – « Répare ma maison qui tombe en ruine »

Ajouter un commentaire

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s

Un site WordPress.com.

Retour en haut ↑

%d blogueurs aiment cette page :