Lectio divina – Dimanche In albis 2021

11 avril 2021
2ème dimanche du Temps pascal – Année B

Avec ce dimanche, l’octave de Pâques se clôt et s’ouvre le Temps pascal. L’évangile relate deux faits à huit jours de distance : le premier à lieu, le soir du premier jour de la semaine, quand « Jésus vint au milieu de dix de ses disciples », puis, « huit jours plus tard, Jésus vient », alors que « les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison et Thomas était avec eux ».

« Prier la Parole… pour en vivre » propose une écoute priante de la Parole. Elle est fondée sur la conviction que la Parole de Dieu est vivante et « prend chair » aujourd’hui dans la vie de celui qui l’accueille en vérité. Passant par une compréhension du texte, la recherche de son sens profond, elle achemine naturellement vers un cœur à cœur avec Dieu qui ne peut qu’influer sur l’agir au quotidien. Cette prière de la Parole est l’héritière d’une longue tradition appelée Lectio divina.

L’évangile nous relate les évènements du soir du jour de la Résurrection ainsi que ceux du huitième jour après la Résurrection, établissant ainsi un lien entre le dimanche de Pâques et ce dimanche. On ne peut comprendre que « c’est avec une grande puissance que les Apôtres rendaient témoignage de la résurrection du Seigneur Jésus, et une grâce abondante reposait sur eux tous » (Ac 4,33 – première lecture) que si on sait que Jésus a donné sa Paix et son Esprit aux disciples. Ce même Esprit permet l’action de grâce : « Rendez grâce au Seigneur : Il est bon ! Éternel est son amour ! » comme nous le rappelle le psaume responsorial. Enfin, si « la victoire remportée sur le monde, c’est notre foi » (1Jn 5,4), la foi est aussi un don de l’Esprit.

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Prier l’évangile de Jean 20, 19-31

1er temps – Invocation à l’Esprit Saint

Invoquer l’Esprit Saint et prendre un bref moment de silence

Viens Esprit Saint,
ouvre mon cœur à la joie de la résurrection,
mon intelligence à la compréhension des Écritures,
et fortifie ma foi pour que je puisse croire sans voir.

Ou avec des mots personnels…

2ème temps – Lectio

Lire le texte en silence.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 20,19-31)

C’était après la mort de Jésus.
19 Le soir venu, en ce premier jour de la semaine, alors que les portes du lieu où se trouvaient les disciples étaient verrouillées par crainte des Juifs, Jésus vint, et il était là au milieu d’eux. Il leur dit : « La paix soit avec vous ! »

20 Après cette parole, il leur montra ses mains et son côté. Les disciples furent remplis de joie en voyant le Seigneur.

21 Jésus leur dit de nouveau : « La paix soit avec vous ! De même que le Père m’a envoyé, moi aussi, je vous envoie. »

22 Ayant ainsi parlé, il souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint ».

23 À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis ; à qui vous maintiendrez ses péchés, ils seront maintenus. »

24 Or, l’un des Douze, Thomas, appelé Didyme (c’est-à-dire Jumeau), n’était pas avec eux quand Jésus était venu.

25 Les autres disciples lui disaient : « Nous avons vu le Seigneur ! » Mais il leur déclara : « Si je ne vois pas dans ses mains la marque des clous, si je ne mets pas mon doigt dans la marque des clous, si je ne mets pas la main dans son côté, non, je ne croirai pas ! »

26 Huit jours plus tard, les disciples se trouvaient de nouveau dans la maison, et Thomas était avec eux. Jésus vient, alors que les portes étaient verrouillées, et il était là au milieu d’eux. Il dit : « La paix soit avec vous ! »

27 Puis il dit à Thomas : « Avance ton doigt ici, et vois mes mains ; avance ta main, et mets-la dans mon côté : cesse d’être incrédule, sois croyant. »

28 Alors Thomas lui dit : « Mon Seigneur et mon Dieu ! »

29 Jésus lui dit : « Parce que tu m’as vu, tu crois. Heureux ceux qui croient sans avoir vu. »

30 Il y a encore beaucoup d’autres signes que Jésus a faits en présence des disciples et qui ne sont pas écrits dans ce livre.

31 Mais ceux-là ont été écrits pour que vous croyiez que Jésus est le Christ, le Fils de Dieu, et pour qu’en croyant, vous ayez la vie en son nom.


Pour répondre à des questions de compréhension, je peux m’aider des repères suivants[1].

  • Le soir venu : situé à la fin du chapitre 20, le récit commence au soir du « premier jour » de la semaine. Il suit deux autres événements vécus au cours de la même journée. Tôt le matin, alertés par Marie-Madeleine que le tombeau est vide, Pierre et Jean y courent. Jean « vit et cru » (Jn 20,1-10). Marie Madeleine reste seule près du tombeau. Jésus ressuscité lui apparait et, l’appelant par son nom, se fait reconnaitre. Il l’envoie vers les disciples et elle leur annonce : « j’ai vu le Seigneur ! » (Jn 20,11-18). Jésus rejoint les disciples au terme de ce « premier jour ». Ceux-ci vivent dans la peur et se sont enfermés. C’est dans ce milieu clos que Jésus « vint au milieu d’eux » (v.19).
  • Le premier jour de la semaine : selon le calendrier juif, le lendemain du sabbat est le premier jour de la semaine. Mais cette expression « premier jour » nous renvoie aussi au récit de la création, quand, au « premier jour », la lumière fut séparée des ténèbres. Jean nous annonce ainsi le temps d’une nouvelle création. Cette idée est renforcée par l’autre indication de temps mentionnée : « huit jours plus tard », ou le huitième jour. Cette façon de compter nous fait aussi entrer dans l’idée d’une nouveauté : tout en gardant le cycle de la semaine juive, on y ajoute un jour, un « jour nouveau ». Et ce jour deviendra le « Jour du Seigneur », notre dimanche.
  • La paix soit avec vous !  La première parole de Jésus ressuscité est « La paix soit avec vous ! ». Dans ce récit, il la dit par trois fois. On y reconnait la salutation juive traditionnelle, « Shalom ! », par laquelle on souhaite la plénitude du bonheur, la paix et la joie. Dans le contexte de peur où se trouvent les disciples on peut aussi comprendre : « Que votre cœur cesse de se troubler, soyez sans crainte ! ». Mais plus qu’une salutation, plus qu’une parole d’apaisement, « La paix soit avec vous ! » nous annonce et nous apporte la véritable paix « (qui) est le fruit de l’offrande de sa personne que Jésus fait à son Père (Jn 16,33), elle n’a rien à voir avec la paix de ce monde. Quand la tristesse fond sur les disciples qui vont être séparés de leur maître, Jésus les rassure, ‘Je vous laisse ma paix, je vous donne ma paix’ ; cette paix n’est plus liée à sa présence terrestre mais à sa victoire sur le monde (sur le péché). Ainsi, victorieux de la mort, Jésus donne-t-il, avec sa paix, le Saint Esprit et le pouvoir sur le péché. « 
  • De même que le Père m’a envoyé : ces venues de Jésus ressuscité ne sont pas une fin en soi, ni un privilège ou une consolation. Elles débouchent sur une mission : « de même », littéralement « comme », n’est pas une comparaison. C’est un fondement et un enracinement. Les disciples sont ‘envoyés’ (en grec Απόστολος, Apostolos), ils sont « faits apôtres » pour prolonger l’action de Jésus. C’est la première fois que, dans son évangile, Jean attribue le titre d’apôtres aux Onze.
  • Jésus souffla sur eux et il leur dit : « Recevez l’Esprit Saint » : cette expression nous renvoie aussi au récit de la création : Dieu avait ‘insufflé’ son esprit de vie sur Adam (Gn 2,7)… C’est aussi l’Esprit descendu sur Jésus (Jn 1,33-34) au moment de son baptême dans le Jourdain. Et maintenant, Jésus, que Dieu a fait Seigneur, ‘insuffle’ (même verbe grec ici qu’en Gn 2,7) la puissance de l’Esprit sur les disciples opérant ainsi une nouvelle création. Lui qui vient de faire l’expérience de la mort se révèle ici maître de la vie.
  • À qui vous remettrez ses péchés, ils seront remis : ce don de l’Esprit qui les unit intimement à Dieu confère aux disciples une capacité nouvelle : celle de dispenser le pardon divin. Ils sont appelés à prolonger l’œuvre de Paix accomplie par la vie, la mort et la Résurrection de Jésus. Dieu seul peut remettre les péchés et Jésus offre à ses disciples un pouvoir qui lui appartient en propre : l’intendance de la ‘miséricorde divine’.
  • Thomas n’était pas avec eux quand Jésus était venu : alors qu’il était absent lors de la première rencontre avec les disciples, Thomas en est informé. Il se montre incrédule. Et son incrédulité est fortement soulignée par le fait qu’elle s’exprime quasiment dans les mêmes termes qu’en Jn 4,48 : « Si vous ne voyez pas de signes et de prodiges, vous ne croirez donc pas ! » Thomas, lui qui pourtant avait invité ses compagnons à accompagner Jésus dans sa mort (Jn 11,6) répugne maintenant à les accompagner dans leur foi en Jésus Vivant. Pour faire confiance, il doit vérifier par ses sens.
  • Huit jours plus tard : même lieu, même circonstance, mêmes disciples ? Non, Thomas est là. Et sa présence va tout changer. D’abord, l’insistance sur les marques des plaies accentue la continuité et la cohérence entre Jésus crucifié et Jésus glorifié. Car c’est bien l’élévation sur la croix qui constitue la révélation suprême de l’amour du Père et la glorification du Fils. Ensuite, la foi retrouvée de Thomas doutant va au-delà de celle des disciples, car il donne à Jésus le titre le plus grand de tout l’évangile : « Mon Seigneur et mon Dieu ! ». Entre le « Verbe qui était Dieu » (Jn 1,1) et la confession que Jésus est « Seigneur et Dieu », tout est dit.
  • Heureux ceux qui croient sans avoir vu : cette béatitude finale est une conclusion de tout l’évangile, elle nous concerne tous et est une reprise d’un thème majeur du judaïsme : entre le voir et le croire, c’est le second terme, croire, qui constitue la condition normale et idéale du croyant. Or « celui qui croit que Jésus est le Christ, celui-là est né de Dieu » et « qui donc est vainqueur du monde ? « si ce n’est celui qui croit que Jésus est le Fils de Dieu » comme nous le rappelle la deuxième lecture (1Jn 5,1.5).

Relire à nouveau le texte en silence : je repère les mots, les personnages, les mouvements, le lieu… Je me représente la scène… Je relève ce qui me parait important dans le texte.

  • Cette étape revêt un caractère plus studieux mais est importante pour « scruter » le texte biblique et lui permettre de véritablement me parler. « Que me dit le texte ? »

3ème temps – Meditatio

Relire lentement le texte : je regarde Jésus. Il me parle à travers cette Parole. Qu’est-ce que cet Évangile me révèle de lui ? Quelle est la foi qui s’y exprime ? Comment ce témoignage de foi résonne-t-il en moi ? Qu’est-ce qui me rejoint aujourd’hui ? En quoi suis-je éclairé(e) ? Touché(e) ? Interpelé(e) ?

  • Convaincu(e) que cette Parole de Dieu s’adresse à moi pour aujourd’hui, je ne me précipite pas pour rechercher des applications concrètes immédiates. Je ne me fixe pas sur moi-même mais sur Dieu en ayant une lecture christocentrique et en m’attachant d’abord à contempler la grandeur et la beauté du Mystère révélé.

4ème temps – Oratio/Contemplatio

Relire le texte lentement et laisser monter ma réponse, une prière nourrie des paroles du texte biblique et véritable cœur à cœur : je laisse mon cœur parler librement à Dieu, dans la louange, la demande de pardon, la supplication, l’intercession…

  • Il ne faut pas avoir peur de consacrer du temps à cette étape. Donner le temps au temps… pour permettre une adhésion du cœur. Le laisser s’ajuster à la disposition intérieure du Christ.

5ème temps – Actio

Il y a bien un 5ème temps, car en prolongement à ce temps de prière et par « la grâce de Dieu », la Parole prendra chair dans le concret de ma vie.

  • Lecture infiniment personnelle, la Lectio divina est aussi une lecture en Église.
  • Il est bon de terminer en priant le Notre Père qui nous replace au cœur de l’Église.

Service de la Liturgie
Vicariat du Brabant wallon


[1] Ces repères sont extraits de A. Marchadour, L’Évangile de Jean, commentaires pastoral, Bayard Éditions/Centurion, Novalis, 1992 et Feu Nouveau 64/3, février-mars 2021.

La miniature qui illustre cet article, une apparition de Jésus à ses disciples et la rencontre avec Thomas, est tirée d’un évangéliaire de l’empereur Otton III, daté des environs de l’an 1000.

3 commentaires sur “Lectio divina – Dimanche In albis 2021

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  1. Partout où l’on « proclame cet évangile », il est des esprits qui se réjouissent. Grâce à vous, saint Thomas ! Grâce à vous, cela devient sérieux, cette « Bonne Nouvelle de la Résurrection ». Il n’ y a pas lieu de se défendre de quelques timorés trop heureux de s’inventer une belle histoire pour survivre à leur déception ! Grâce à vous, Jésus Ressuscité, c’est vrai, c’est solide, c’est heureux ! Vous êtes bien de notre race, saint Thomas. Vous pouvez, dans l’enthousiasme, accorder toute votre foi, mais… comme nous, il vous faut voir de vos yeux, entendre de vos oreilles, toucher de vos mains. Alors, quand le Seigneur vous invite à mettre le doigt dans son côté, nous sommes avec vous. Et, avec vous, éperdus de bonheur, nous murmurons : « Mon Seigneur et mon Dieu ».
    Seigneur Jésus, tu nous étonnes toujours. C’est toujours toi qui fais le premier pas. Tu es bien le Fils de ce Père-là qui court au-devant du Prodigue ! Tu te déranges tout exprès pour Thomas. Tu vas jusqu’à l’encourager à toucher tes plaies pour bien s’assurer que c’est toi. Mais, parce que tu es le Dieu aimant, le Dieu compatissant, le Dieu au coeur de miséricorde, tu l’appelles à aller plus loin. A vivre d’un bonheur plus intense que celui d’un esprit rassasié. Tu lui souffles : « Heureux ceux qui croient sans avoir vu. » Heureux ceux qui font confiance. Heureux ceux qui peuvent compter sur Dieu, s’en remettre absolument à Dieu. Heureux ceux qui peuvent aimer Dieu. Sans preuves, sans calcul, sans raisonnement.
    Par l’intercession de saint Thomas, accorde-nous, Seigneur, s’il te plaît, ce vrai bonheur-là. De pouvoir te fréquenter, jour après jour, dans la foi, dans l’espérance, dans la confiance, et de nous engager à répandre ton amour de compassion et de pardon pour un monde plus humain. Ainsi, nous parviendrons enfin à t’aimer, toi, de l’amour de tous tes saints du ciel et de la terre. Dans l’Esprit, à la gloire du Père.

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