ART&FOI « La paix soit avec vous ! »

Cette peinture fait partie d’un magnifique retable réalisé par le peintre Duccio di Buoninsegna au 14e siècle. Porté lors des processions, il était peint au recto et au verso. Il a malheureusement été démantelé au 18e siècle et les morceaux ont été dispersés en divers lieux. Il représentait, sur la face avant, la Vierge dite « en majesté » (d’où son nom « La Maestà ») tenant Jésus sur ses genoux. Cette peinture principale était encadrée de miniatures retraçant la vie de Marie. Sur la face arrière du retable, le peintre nous raconte des scènes de la vie de Jésus. Les techniques actuelles ont permis de reconstituer ce qu’aurait dû être ce retable. Le détour en vaut la peine et porte à la méditation de la Parole à travers l’image, mais n’est point le sujet d’aujourd’hui.

Duccio di Buoninsegna : Apparition aux Apôtres attablés,
détail de la face arrière du retable « La Maestà »
1308 – 1311 – Sienne, musée de l’œuvre du Dôme
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Revenons-en donc à ce « détail » du retable qui attire notre regard aujourd’hui, en résonance avec l’évangile de St Luc de ce troisième dimanche de Pâques. Cette scène fait partie des miniatures représentant quelques apparitions du Christ ressuscité.

Nous voyons les apôtres réunis pour partager le repas. Ils sont ici onze (Judas n’a pas encore été remplacé). Le peintre représente les ‘tout-proches’ de Jésus. La composition de ce petit tableau est d’ailleurs un peu similaire à la représentation de la Cène réalisée sur le même retable. La scène se passe à l’intérieur, l’obscurité semblant être réservée à l’extérieur, dans le fond du tableau. Les apôtres à l’avant-plan sont peints sans auréoles et la table semble pencher vers l’avant. D’aucuns pensent que l’artiste a ainsi voulu que la table et l’arrière-plan de son tableau soient visibles et non entravés par les auréoles des apôtres du devant. Cette étrange perspective de la table permet au regard d’être attiré par ce qu’il y a dessus et le peintre y a ainsi mis des éléments qui lui semblaient signifiants. La nappe blanche (seul détail blanc du tableau d’ailleurs) amplifie l’importance accordée à la table.

Nous voyons ainsi cinq pains et deux poissons. Cela n’est pas sans nous rappeler un autre repas où pains et poissons avaient été multipliés (Lc 9,12-17). Dans l’évangile de Luc, à la fin du repas, le Christ invite les apôtres à être témoins de sa résurrection. Peut-on y voir un parallèle ? Lors de la multiplication des pains, Jésus se sert du peu à disposition des apôtres pour nourrir un grand nombre. Cette fois, il part de la vie et du témoignage de quelques apôtres pour annoncer au monde entier la Bonne Nouvelle de sa résurrection. Du peu que nous avons à offrir, Dieu fait de grandes choses.
En Luc 5, 10 – Jésus annonce aussi aux apôtres qu’il fera d’eux des pêcheurs d’homme. Le poisson sur la table représente peut-être tout cela : la mission confiée aux apôtres pour annoncer au monde la Bonne Nouvelle de la résurrection.

Sur la table dressée, il y a aussi deux verres qui semblent contenir du vin. Pain et vin – corps et sang du Christ – rappel de la dernière Cène et de l’eucharistie qui réunira désormais les chrétiens.

Les apôtres occupent donc la place autour de la table et Jésus les rejoint. Il est à gauche de la peinture, comme s’il venait d’arriver. Le mouvement de ses pieds donne l’impression qu’il avance vers eux. Il n’était pas attendu. « Comme ils en parlaient encore, lui-même fut présent au milieu d’eux, et leur dit : “La paix soit avec vous !” » (Lc 24,36) Il se rend présent dans leur vie quotidienne : le partage d’un repas. Il ne les rejoint pas en prière ou au Temple, mais dans le concret essentiel de leur vie – ici, le besoin de se nourrir -, comme il le fit souvent durant sa vie terrestre. Il nous rejoint là où nous sommes.
Il tend les mains pour les montrer aux apôtres et on peut y voir la trace des clous (Lc 24, 40). Il est vêtu de rouge, signe de sa mort et de bleu, signe de sa vie divine.

L’attention des apôtres se porte vers Jésus qui vient d’apparaitre. Corps, visages, regards sont tournés vers lui, dans une attitude d’écoute. Regardons les mains des disciples. L’artiste a pris grand soin de les peindre. En réponse aux mains tendues du Christ ? Est-ce un geste d’accueil, de bénédiction, de paix, d’étonnement ? sans doute un peu de tout cela. Les expressions du visage ne sont pas tristes mais pas encore complètement joyeuses : « Dans leur joie, ils n’osaient pas encore y croire, et restaient saisis d’étonnement » (Lc 24,36).  Combien de fois ne sommes-nous pas nous aussi retenus dans notre joie… par peur de nous réjouir trop vite ou de déchanter ?

Osons croire en cette espérance, qui jaillit du plus profond de nous-mêmes, que le Christ est ressuscité des morts, qu’il est là au milieu de nous, dans le quotidien de nos vies et qu’il nous adresse en premier lieu cette parole : « La paix soit avec vous ! ».

Service de la formation
Vicariat du Brabant wallon

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