Lectio divina – 7ème dimanche de Pâques – 2021

16 mai 2021
7ème dimanche du Temps pascal – Année B

« Prier la Parole… pour en vivre » propose une écoute priante de la Parole. Elle est fondée sur la conviction que la Parole de Dieu est vivante et « prend chair » aujourd’hui dans la vie de celui qui l’accueille en vérité. Passant par une compréhension du texte, la recherche de son sens profond, elle achemine naturellement vers un cœur à cœur avec Dieu qui ne peut qu’influer sur l’agir au quotidien. Cette prière de la Parole est l’héritière d’une longue tradition appelée Lectio divina.

Nous venons de célébrer l’Ascension : Jésus est ‘retourné au Père’ et les disciples sont dans l’attente de l’Esprit Saint. L’Église est en gestation. Les récits des Actes de Apôtres, lus chaque dimanche depuis Pâques, nous font entrer dans les ‘temps nouveaux’. Ils témoignent des ‘fruits’ de la mort et de la Résurrection de Jésus : dons de force, de joie, d’unité, d’amour… La prière de Jésus, rapportée dans l’évangile de saint Jean, est ainsi exaucée. Mais en même temps, comme nous y exhorte saint Jean dans sa première épître, il nous faut rester vigilants et, sans cesse, croire en Jésus, accueillir son Esprit d’amour et en vivre. Selon le projet de Dieu, l’Église est belle : envoyée pour témoigner de l’amour du Père au cœur du monde, portée dans la prière de Jésus et unifiée par l’Esprit.

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Pour entrer dans la prière, nous pouvons écouter ce chant

 Prier l’évangile de Jean (17,11b-19)

1er temps – Invocation à l’Esprit Saint

  • Invoquer l’Esprit Saint et prendre un bref moment de silence

Viens, Esprit Saint…
Viens dans le silence et la paix de mon cœur.
Donne-moi d’y accueillir et de goûter la Parole de Dieu.
Qu’à ta lumière j’y perçoive la présence aimante du Seigneur
Et discerne les chemins de vie nouvelle qu’il me prépare.
Viens, Esprit Saint…

Ou avec des mots personnels…

2ème temps – Lectio

  • Lire le texte en silence.

Évangile de Jésus Christ selon saint Jean (Jn 17,11b-19)

En ce temps-là, les yeux levés au ciel, Jésus priait ainsi :

11 (…) Père saint, garde mes disciples unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné, pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes.

12 Quand j’étais avec eux, je les gardais unis dans ton nom, le nom que tu m’as donné. J’ai veillé sur eux, et aucun ne s’est perdu, sauf celui qui s’en va à sa perte de sorte que l’Écriture soit accomplie.

13 Et maintenant que je viens à toi, je parle ainsi, dans le monde, pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés.

14 Moi, je leur ai donné ta parole, et le monde les a pris en haine parce qu’ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi je n’appartiens pas au monde.

15 Je ne prie pas pour que tu les retires du monde, mais pour que tu les gardes du Mauvais.

16 Ils n’appartiennent pas au monde, de même que moi, je n’appartiens pas au monde.

17 Sanctifie-les dans la vérité : ta parole est vérité.

18 De même que tu m’as envoyé dans le monde, moi aussi, je les ai envoyés dans le monde.

19 Et pour eux je me sanctifie moi-même, afin qu’ils soient, eux aussi, sanctifiés dans la vérité.


Pour répondre à des questions de compréhension, je peux m’aider des repères suivants.

  • « En ce temps-là », c’est le soir du dernier repas de Jésus avec ses disciples, alors que « l’heure est venue de passer de ce monde à son Père » (13, 1). Il leur a lavé les pieds, leur donnant un exemple. Puis, il leur a longuement parlé. Dans le chapitre 17 de l’évangile de Jean, Jésus ne s’adresse plus aux disciples mais à son Père. C’est sa prière dite ‘sacerdotale’ parce que, comme un ‘prêtre’, Jésus intercède pour ses disciples et pour nous. C’est quasi le seul endroit où sa prière personnelle nous est livrée, à l’exception de deux courts passages d’évangile. En Matthieu nous entendons Jésus s’exclamer : « Père, Seigneur du ciel et de la terre, je proclame ta louange : ce que tu as caché aux sages et aux savants, tu l’as révélé aux tout-petits. Oui, Père, tu l’as voulu ainsi dans ta bienveillance. Tout m’a été remis par mon Père ; personne ne connaît le Fils, sinon le Père, et personne ne connaît le Père, sinon le Fils, et celui à qui le Fils veut le révéler » (11,25-27). Et puis, lorsque Jésus va ramener Lazare à la vie, il s’adresse aussi à son Père et lui dit qu’il sait qu’il l’exauce toujours (Jn 11,41.42).

Le texte de la prière qui nous est donnée dans l’évangile de Jean est le fruit d’un approfondissement des paroles de Jésus soigneusement gardées et transmises. Il est aussi le fruit et l’expression de la foi de la communauté chrétienne à laquelle Jean appartenait. Et, nul doute, qu’il est aussi l’œuvre de l’Esprit Saint. La prière est placée entre « Ainsi parla Jésus » (17,1) et « Ayant ainsi parlé » (18,1). C’est une étape en soi ; elle est la porte d’entrée de la suivante qui n’est autre que la Passion de Jésus. C’est dire l’importance, le poids de ce passage. Il est unique et précieux entre tous.

  • « Jésus leva les yeux au ciel… », comme il l’avait fait avant la multiplication des pains (Jn 6,5) ou au moment de la résurrection de Lazare (Jn 11,41). Levant les yeux au ciel, Jésus se décentre résolument de lui-même, comme il l’a toujours fait, et se tourne vers son Père.
  • Jésus s’adresse à Dieu en l’appelant « Père saint » … ‘Père’, presque « Abba ! », avec toute l’intimité et la tendresse contenue dans cette appellation. Ce nom revient six fois dans la prière. Nous y sommes habitués et pourtant il fait partie de « l’inouï » – dans le vrai sens du terme – de la révélation faite par Jésus.
  • « Saint », c’est la transcendance, c’est le ‘Seigneur du ciel et de la terre’. Jésus allie les deux visages du Père.
  • « Garde mes disciples dans ton nom, le nom que tu m’as donné. ». Qu’est-ce que le ‘nom’ ? Saint Justin écrit : « ces mots Père, Dieu créateur, Seigneur et Maître ne sont pas des noms, mais des appellations motivées par ses bienfaits et ses œuvres » (Première apologie). Le ‘nom’, c’est ‘l’être’. Dieu a révélé son nom à Moïse au buisson ardent : « JE SUIS » (Ex 3,14) ; réalité inépuisable, jamais cernée mais toujours là. Par Jésus il nous est pleinement révélé : c’est une présence infiniment aimante.
  • « pour qu’ils soient un, comme nous-mêmes », demande Jésus. Dieu est UN ; Jésus et le Père sont UN. Et ils sont UN avec l’Esprit Saint. Telle est l’incroyable prière de Jésus rejoignant le désir de Dieu : que l’homme vive de la vie trinitaire.
  • « pour qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés. » Cette demande suit immédiatement l’évocation de « celui qui s’en va à sa perte » (Judas) et précède l’annonce des tribulations qui attendent les disciples. Mais la joie en plénitude sera plus forte : « vous serez dans la peine, mais votre peine se changera en joie. » avait-il dit à ses apôtres (16,20) ; et encore « votre cœur alors se réjouira et cette joie nul ne vous la ravira » (16,22).
  • «ils n’appartiennent pas au monde », dit Jésus, parlant de ses disciples. Jean parle beaucoup du ‘monde’.  Il est l’objet de tout l’amour divin : « Car Dieu a tellement aimé le monde qu’il a donné son Fils unique » (3,16). Mais, le plus souvent, il désigne ceux qui s’opposent à Dieu et refusent de croire que Jésus est l’envoyé du Père, comme annoncé dès le prologue de l’évangile :« Le Verbe était la vraie Lumière, qui éclaire tout homme en venant dans le monde. Il était dans le monde, et le monde était venu par lui à l’existence, mais le monde ne l’a pas reconnu. » (1,9.10).
  • « Sanctifie-les dans la vérité », prie Jésus. Dans la Bible, être saint, ce n’est pas être quasi parfait ou irréprochable mais c’est être mis à part pour Dieu et par lui, être ‘consacré pour…’ C’est donc avant tout l’action de Dieu qui sanctifie. Être saint, c’est être introduit dans une ‘histoire sainte’ avec Dieu pour mieux témoigner de son amour dans le monde.  C’est communier à l’altérité de Dieu. Lui seul est ‘saint’, le ‘tout-Autre’. Ici, Jésus prie pour que ses disciples soient attachés non pas ‘au monde’ mais ‘ancrés’ dans la vérité c’est-à-dire en lui-même ; Jésus EST la Vérité.

Et Jésusse sanctifie’ lui-même. Il s’agit ici de la ‘consécration’ absolue de lui-même qu’il accomplit en offrant sa vie. Saint Paul l’exprime en d’autres mots : « Bien qu’il soit le Fils, il apprit par ses souffrances l’obéissance et, conduit à sa perfection, il est devenu pour tous ceux qui lui obéissent la cause du salut éternel, » (He 5, 8.9).


Relire à nouveau le texte en silence : je prends le temps de le retranscrire, goûtant chaque mot. Utilisant des crayons de couleurs différentes, je repère les mots qui se répètent. De qui parle-t-on ? Qu’en dit-on ? Je me représente le lieu, le moment ; comme les disciples, avec eux, j’écoute Jésus prier… Je relève ce qui me parait important dans le texte.

Cette étape revêt un caractère plus studieux mais est importante pour « scruter » le texte biblique et lui permettre de véritablement me parler. « Que me dit le texte ? »

3ème temps – Meditatio

Relire lentement le texte : je regarde Jésus. Il me parle à travers cette Parole. Qu’est-ce que cet Évangile me révèle de lui ? Quelle est la foi qui s’y exprime ? Comment ce témoignage de foi résonne-t-il en moi ? Qu’est-ce qui me rejoint aujourd’hui ? En quoi suis-je éclairé(e) ? Touché(e) ? Interpelé(e) ?

Convaincu(e) que cette Parole de Dieu s’adresse à moi pour aujourd’hui, je ne me précipite pas pour rechercher des applications concrètes immédiates. Je ne me fixe pas sur moi-même mais sur Dieu en ayant une lecture christocentrique et en m’attachant d’abord à contempler la grandeur et la beauté du Mystère révélé.

4ème temps – Oratio/Contemplatio

Relire le texte lentement et laisser monter ma réponse, une prière nourrie des paroles du texte biblique et véritable cœur à cœur : je laisse mon cœur parler librement à Dieu, dans la louange, la demande de pardon, la supplication, l’intercession…

Il ne faut pas avoir peur de consacrer du temps à cette étape. Donner le temps au temps… pour permettre une adhésion du cœur. Le laisser s’ajuster à la disposition intérieure du Christ.

5ème temps – Actio

Il y a bien un 5ème temps, car en prolongement à ce temps de prière et par « la grâce de Dieu », la Parole prendra chair dans le concret de ma vie.

Lecture infiniment personnelle, la Lectio divina est aussi une lecture en Église.

Il est bon de terminer en priant le Notre Père qui nous replace au cœur de l’Église.

Service de la Vie spirituelle
Vicariat du Brabant wallon

Illustration d’entête : DR

Un commentaire sur “Lectio divina – 7ème dimanche de Pâques – 2021

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  1. Seigneur Jésus, le temps de ta Passion est là, tout proche, et toi, tu penses à nous. Non pour nous harceler de mille et une recommandations, mais pour demander au Père de nous garder en son Amour. Et tu exprimes ton désir : « Qu’ils aient en eux ma joie ! » C’est le monde à l’envers, Seigneur ! Notre monde cherche à produire toujours davantage, toujours au moindre coût. Le biseness n’a que faire de la joie ! Mais toi, Seigneur, tu t’en soucies pour nous. Et pas de n’importe quelle joie ! Tu demandes au Père que nous connaissions ta joie, à toi. Et même, que nous en soyons comblés. « Etre comblés », c’est bien ta signature ! Ce que tu donnes, c’est de l’ordre de la grâce : cela dépasse toujours nos mesquines mesures ! Dans notre monde où tout se paie, on a du mal à y croire. On oublie que c’est toi qui as payé. Largement, sans compter, à pleines mains ! On oublie que « le monde t’a pris en haine », que tu es passé par la souffrance de la Passion et de la Croix… Seigneur, toi qui donnes la joie – cette « belle étincelle divine » (Schiller) qu’immortalisa Beethoven – pardonne-nous, nous t’en prions, ces trous de mémoire impardonnables. Fais-nous le coeur reconnaissant.
    Mais, nous ne nous sentons pas trop à l’aise quand tu affirmes, Seigneur, que nous n’appartenons pas au monde.
    Nous avons bien conscience, au contraire, d’ y avoir – bien plantés – les deux pieds et aussi la tête et le corps et les membres… Bien souvent, nous voulons nous réjouir comme le Monde, réfléchir comme le Monde, vivre comme le Monde… Nous n’aimons pas trop être à l’écart, ne pas faire comme les autres, ne pas penser comme tout le monde… Même si nous semblons, parfois, prendre nos distances, par de beaux discours moralisateurs !
    Apprends-nous, Seigneur, s’il te plaît, comment appartenir au monde sans être du monde. Donne-nous de te regarder, là, à la table de la Cène. Donne-nous le regard fervent pour contempler ton Amour. Aie pitié de nous, Seigneur, qui nous laissons séduire, mais garde-nous, nous t’en prions, de jamais mépriser ce monde que tu as sauvé. Et qu’ainsi, avec Marie et tous tes saints, aujourd’hui et demain, nous apprenions à vivre de ta joie et à aimer le monde, avec toi, comme toi. Dans l’Esprit, à la gloire du Père.

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