ART & FOI – « Garde mes disciples unis en ton nom »

ART & FOI – 7ème dimanche de Pâques

« Garde mes disciples unis en ton nom »

« Infinity », tel est le nom de la peinture (120 x 80 cm) du jeune artiste belge contemporain, Augustin Sagehomme (1987). Elle a attiré et retenu mon attention, alors que je cherchais après une œuvre d’art pouvant rendre compte de ce bel évangile du 7ème dimanche de Pâques.

« Jésus priait » : qui oserait peindre non le priant mais le contenu d’une prière ? Cette œuvre, alors que ce n’est pas son but premier, rend possible ce défi. La vie, la force, les mouvements, la paix et l’enthousiasme qui s’en dégagent me semblent tout à fait convenir pour rendre compte de la prière de Jésus à son Père. Prière pleine de vie puisqu’il est « la Vie »[1] et « la source de vie »[2] ; prière remplie de force pour celui que l’Esprit de force accompagne sans cesse ; prière remplie de mouvements car la vie avance, cherche, bouge sans arrêt : « le Fils de l’homme n’a pas d’endroit où reposer sa tête »[3] ; prière d’où émane la paix, ce cadeau que le Ressuscité ne cesse de donner ; enfin, prière tendue par l’enthousiasme de l’envoyé du Père qui ne fait qu’un avec lui et n’accomplit rien d’autre que sa volonté.

« Garde mes disciples unis dans ton nom » : quelle belle représentation de l’unité que cette peinture où formes et couleurs sont harmonieuses. Or, l’unité, ne relève-t-elle pas justement de l’harmonie ? Sans quoi, ne risquons-nous pas de tomber dans la conformité ? Or l’unité que Jésus veut pour ses disciples n’est-ce pas justement qu’ils gardent chacun leur unicité pour apporter leur touche propre au Royaume ? Une unité vécue dans la diversité à l’image du Père qui, tout en restant lui-même, s’adapte à chacun de nous. Ne s’est-il pas présenté en effet comme étant Celui qui  « qui il sera[4] ».

« Je les gardais unis dans ton nom » : le nom ou la personne du Père me semble ici bien marqué(e) par cette ligne horizontale qui est sans commencement et sans fin, sans limitation de largeur, qui est infinie comme l’amour du Père, comme le Père lui-même. Ligne remplie de vie, de diversité, à l’image du Père. Une stabilité de l’amour qui permet une divergence d’actions et d’adaptations.

« Qu’ils aient en eux ma joie, et qu’ils en soient comblés » : joie, voilà un sentiment émergent quand on contemple cette œuvre. Joie qui se traduit par ces mille petits traits provenant tous de la même source et pourtant tous différents. Les touches de blanc ne pourraient-elles pas faire allusion à la joie de Jésus lors de la Transfiguration ? Les touches de bleu rappelleraient-elles sa divinité et le lien étroit, profond, unique avec le Père de celui qui est « Seigneur et Christ[5] » ? Le camaïeu de rouge ne décline-t-il pas la passion du Fils Bien-aimé pour son Père et pour tous les enfants de Dieu, ses frères et sœurs ? Le jaune de fond peut suggérer la gravité et la profondeur de la joie de Jésus devant « un seul pécheur qui se convertit »[6] et quand il « exulte de joie sous l’action de l’Esprit saint »[7] devant la révélation du Père aux tout-petits…

« Je leur ai donné ta parole » : Jésus vivra ce don. En effet, « ma vie, nul ne la prend mais c’est moi qui la donne »[8], nous dit « la Parole vivante de Dieu »[9], le « Verbe fait chair »[10], « le Verbe fait frère »[11]… Quand nous laissons la peinture nous regarder, nous voyons qu’elle n’est que don, tous les mouvements s’élancent du centre vers l’extérieur, pas de repli sur soi. Et nous pressentons que ce don est joie, bonheur, réjouissance à jamais.

« Sanctifie-les dans ta vérité » : mais, sanctifier n’est-ce pas rendre saint ou, ce qui revient au même, rendre ‘amour’ puisque Dieu est amour et  saint ?! Amour profond, fort et vrai qui domine l’œuvre de Dieu comme ce rouge profond et dégradé qui domine l’œuvre d’Augustin Sagehomme. La vérité de cette toile ne tient-elle pas à la passion, mot clé de la vie de l’artiste ? Et la vérité que Jésus veut pour ses disciples ne leur permet-elle pas justement de vivre passionnément et librement, puisque « la vérité vous rendra libre »[12] ? 

« Ta parole est vérité » : oui, entendu que Jésus est la parole du Père et qu’il est « la vérité »[13]. C’est donc bien en lui que nous pouvons devenir à notre tour et en vérité « amour du Père », amour pour celui que nous rendons notre prochain. Car « amour et vérité se rencontrent »[14] …, donc là où est la vérité, là est l’amour. Mais pour vivre dans l’unité du nom du Père, ne faut-il pas justement la vérité et l’amour ? Or, la vérité n’est-elle pas aussi une condition pour l’artiste qui réalise une œuvre d’art : ne doit-il pas être en vérité avec lui-même, avec l’émotion qui l’habite, le meut et lui donne de créer, comme il est en vérité avec les couleurs et les coups de pinceaux qu’il choisit pour en rendre compte ?

Service de la Liturgie
Vicariat du Brabant wallon

Photo : © Avec l’aimable autorisation d’Augustin Sagehomme


[1][1] Jn 14,6.

[2] Ps 35,10.

[3] Mtt 8,20.

[4] Traduction possible de Ex 3,14.

[5] Ac 2,36.

[6] Lc 15,7.

[7] Lc 10,21.

[8] Jn 10,18.

[9] He 4,12.

[10] Jn 1,14.

[11] D’après Christian de Chergé.

[12] Jn 8,32.

[13] Jn 14,6.

[14] Ps 84,11.

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