ART & FOI – La Trinité miséricordieuse

Sœur Caritas Mueller, dominicaine suisse, est auteure de cette céramique qu’elle a intitulée « La Trinité miséricordieuse ». Elle considère son travail de céramiste comme une manière d’annoncer l’Évangile. Nous voici ainsi devant une œuvre qui conjugue notre foi en Dieu un en trois Personnes avec la parabole du bon Samaritain (Lc 10,25-37). Les Pères de l’Église ont très tôt identifié le bon Samaritain de la parabole lucanienne à Jésus lui-même, Fils de Dieu entré dans le monde pour sauver l’homme du mal. La céramiste élargit la portée de la parabole à toute la Trinité. En effet, dans l’unité de la volonté des trois Personnes divines, si le Fils se fait bon Samaritain, ainsi font le Père et l’Esprit. La céramique incarne un des attributs les plus significatifs de notre Dieu : la miséricorde. Le Père, le Fils et l’Esprit sont « tendresse et pitié » (Ps 102,8). Devant nos blessures, Dieu s’agenouille et désire les panser.

Au centre de la composition, il y a un homme évanoui, nu ou dévêtu. Deux personnages le maintiennent : un le prend sous les bras, l’autre tient ses pieds. Nous devinons le Père et le Fils, mais qui est qui ? À l’instar de la parole de Jésus, « le Père et moi, nous sommes UN » (Jn 10,30), voici deux personnages à l’allure identique. Jésus, serait-ce le personnage de gauche, lui qui prend dans sa main le pied de l’homme, comme il l’a fait au soir de la dernière Cène, au Cénacle, avec ses disciples (Jn 13,5.8) ? Lui qui « s’est abaissé », « prenant la condition de serviteur » (Ph 2,7-8), pour sauver l’humanité ? Il est agenouillé et de son geste émanent la tendresse et la sollicitude. Son visage tout proche du pied donne l’impression qu’il s’apprête à y déposer un baiser. Le personnage de droite est penché et soutient l’homme, son visage en touche la tête dans un mouvement qui ressemble à un baiser. Serait-ce le baiser du Père sur le front de son enfant bien-aimé ? Ou bien est-ce celui Père miséricordieux qui couvre de baisers son fils retrouvé, comme dans la parabole du fils prodigue (Lc 15,20) ? Devant la souffrance de l’homme, Dieu se fait proximité, Dieu se fait tendresse, Dieu se fait compassion, soutien, consolation.

Dans son commentaire sur la parabole du bon Samaritain, saint Augustin attire notre attention sur un paradoxe : le bon Samaritain verse sur les plaies de l’homme blessé d’abord de l’huile et ensuite du vin (Lc 10,34). Étrange succession d’actions puisque, normalement, il faut d’abord nettoyer la plaie avec du vin avant de l’oindre de l’huile en vue de la cicatrisation. Pour Augustin, l’huile représente la consolation de Dieu qui est première, avant même l’application de tout remède. L’huile est le symbole par excellence de l’action de l’Esprit Saint. Le voici, colombe et feu en même temps, élancé vers l’homme inanimé. Avec le Père et le Fils, il participe à l’œuvre de secours et de soin qu’ils apportent à l’homme.

L’homme est au centre de la préoccupation divine. Tout semble tourner autour de lui. Il est placé dans un cercle sur lequel s’articulent les cercles contournant chacune des Personnes divines. Quelle différence par rapport aux représentations graphiques de la Trinité, triangulaires, où les trois Personnes divines figurent aux sommets et le centre du triangle est vide… Ici, le triangle est suggéré par le jeu des cercles – ou auréoles – sur fond aérien. Le cercle qui entoure l’homme est, lui, bien ancré sur un disque de terre. Les auréoles des personnes divines embrassent en partie le disque de terre. On dirait « Dieu en sortie », pour paraphraser le pape François. La Trinité est un Dieu qui se fait proche, qui ne reste pas fermé sur lui-même, dans sa perfection, mais n’hésite pas à toucher l’homme, à panser ses blessures, à en prendre soin. C’est même l’essence de notre Dieu.

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Service de la Formation
Vicariat du Brabant wallon

2 commentaires sur “ART & FOI – La Trinité miséricordieuse

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  1. C’est une merveilleuse Bonne Nouvelle, Seigneur, que cette céramique aux lignes parfaites dans leur sobriété ! Elle révèle qui est Dieu. On est renversés, comme ravis par cette complicité dans l’amour de miséricorde. Ils ne font pas semblant d’aimer ! Tout est vrai. Tout part du coeur. Sans l’ombre d’une condescendance offensante !
    Les auréoles – démesurées – rejoignent la terre. Elles n’entourent pas la tête, mais toute la personne. Tant le divin dépasse nos mesures ! Le Père, le Fils et l’Esprit les ont laissé tomber. Non pas tant qu’elles risquaient de les encombrer, mais à ta manière à toi, Seigneur Jésus. Pour se faire plus proches, plus respectueux, plus compatissants… Pour « être avec », davantage ! C’est la grandeur qui se fait simplicité.
    Le Père et le Fils entourent l’homme. Mais, le chef d’oeuvre de la création a perdu toute dignité, Seigneur. On le reconnaît misérable, fait de terre, dans les mains lumineuses, chaleureuses, réconfortantes du Père et du Fils. Saint Luc nous rapporte que le Père a couru au-devant du Prodigue. Sa course s’achève à peine… Il embrasse – de toute sa tendresse de Père – le visage éteint de l’homme qui s’est trompé de bonheur.
    Toi, Seigneur Jésus, on te remarque à genoux, prosterné, comme pour faire oublier que tu es Dieu… Mais, cela, Seigneur, c’est impossible ! Nous le savons, par les apôtres qui t’ont vu, le soir de la dernière Cène.. Nous savons qu’aimer ainsi, c’est justement le propre de Dieu !
    Et face à eux, plane l’Esprit. De son souffle de vie et de la musique de son chant d’Amour, il cherche à apaiser la souffrance du péché pour signifier le pardon.
    Ils sont trois et ne font qu’un, dans cette prodigieuse attention à l’homme. « Qu’est-ce que l’homme, Seigneur, pour que tu te souviennes de lui ! », chante le psaume 8.
    Que toute notre vie, Seigneur Dieu – Père, Fils et Esprit Saint – puisse proclamer la pure joie du salut ! Que tant d’Amour puisse vaincre, en nous, le goût d’en faire à notre tête ! Et que la conscience de votre souffrance, Seigneur Dieu, écarte en nous, à tout jamais, l’attrait des « Fleurs du Mal » ! S’il vous plaît, Seigneur Dieu. Nous vous le demandons, par Jésus, par Marie et par tous les saints du ciel et de la terre. Amen.

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